Familles des disparus : rassemblement à Alger
Les familles des disparus ont organisé, le mardi 8 mars, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la femme, un rassemblement au niveau de la place du 1er-Mai à Alger…
Une cinquantaine de personnes ont répondu, mardi à partir de 13 heures, à l’appel lancé par l’Association SOS-disparus. Brandissant les portraits de leurs proches, disparus au cours des années 1990, des hommes mais surtout des femmes criaient : « Ya raïs Bouteflika, oulach khaïf men hakika (monsieur le président, pourquoi avez-vous peur de la vérité).» « Ya houkam bladna, ma n’biouch ouladna » (gouvernants de notre pays, nous ne vendrons pas nos enfants ». Plusieurs policiers ont été dépêchés sur les lieux pour encadrer les manifestants. « Pour l’instant, ils ne leur ont rien fait. Cependant, ils empêchent les curieux de s’arrêter pour voir ou pour rejoindre les manifestants», nous indique Khelil Moumène, secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme. Depuis le 4 août 2010, les familles de disparus sont systématiquement empêchées d’atteindre leur lieu de rassemblement habituel : devant le siège de la Cncppdh. Désormais, elles se donnent rendez-vous un peu plus loin, chaque mercredi matin, devant la Caisse des retraites située à une cinquantaine de mètres de là, avec l’espoir de pouvoir à nouveau regagner le lieu où elles se rassemblaient depuis plus de 12 ans. Elles sont une trentaine, parfois une cinquantaine mais elles sont toujours là, au même endroit, quel que soit le temps, quel que soit le nombre de policiers qui les attendent de pied ferme. Brandissant les photos de leurs proches disparus et vêtues des foulards de SOS-disparus, elles scandent des slogans pour la Vérité et la Justice, contre l’oubli et l’impunité. Elles continuent inlassablement de réclamer que toute la lumière soit faite sur le sort de leurs proches disparus et que les responsabilités soient établies. Parfois, elles tentent de franchir les cordons de police. L’essentiel pour elles, est de faire un pas et de ne jamais abandonner.
Dans le cadre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, les pouvoir publics ont voulu régler le problème des disparus avec des indemnisations. Maître Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de protection et promotion des droits de l’Homme (Cncppdh), a estimé que ce dossier est clos : «Il faut se rendre à l’évidence que la Charte pour la paix et la réconciliation nationale nous interdit même de parler des disparus. La Charte a force de loi. Il faut la relire pour comprendre que le problème des disparus est “évacué”. Il est clos.», a-t-il déclaré à plusieurs reprises. Partant de ce principe, il estime que les manifestations des familles des disparus n’ont plus lieu d’être. Le 26 août dernier, un autre représentant du gouvernement, Merouane Azzi, président de la Cellule d’assistance judiciaire pour l’application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, a affirmé que « 6 420 dossiers de disparus sur 6 544 avaient été réglés». Selon les critères des autorités, cela signifie que les familles concernées auraient obtenu des indemnisations en contrepartie d’abandonner toute action judiciaire…