Festival des cultures d’Islam à Paris: l’Islam aux États-Unis avant et après le 11-Septembre
Le 6e Festival des cultures d’Islam de Paris projette depuis mercredi ses lumières sur le quotidien des musulmans aux États-Unis dix ans après les attentats du 11-Septembre à New-York, décliné sous ses aspects cultuel et artistique. L’exposition « Islam & the City » qui se poursuivra jusqu’au 17 septembre à l’Institut des cultures d’Islam (ICI), suit l’ordre chronologique des tragiques évènements : avant, pendant, juste après le 11 septembre jusqu’à la situation actuelle en 2011, en proposant des œuvres d’artistes français ou américains de culture musulmane ou non décryptant la relation « complexe » entre Islam et les États-Unis. Pour la directrice de l’ICI et commissaire de l’exposition, Véronique Rieffel, il s’agit surtout à travers ce rendez-vous artistique de « sortir de l’amalgame entretenu entre l’Islam et le terrorisme », et de lever les « clichés qui ont été amplifiés contre l’islam et les musulmans » après ces attentats. « L’idée était de s’interroger comment exprimer, artistiquement, ce 11 septembre, en revenant sur l’empreinte laissée par les attentats dans le domaine artistique et la vision de l’Islam qui en ressort », a-t-elle indiqué lors d’un point de presse précédant le vernissage de l’exposition. Celle-ci propose un autre regard sur l’Islam aux États-Unis : de l’héritage de Nation of Islam au rap-muslim, de Lawrence d’Arabie au punk- islam en passant par le stand-up ou les séries. Première attraction de l’exposition, une scénographie inédite « The Labyrinth » est présentée sur le parcours à la fois complexe et sulfureux du boxeur Mohammed Ali, reconverti à l’Islam, ainsi que sur ses liens avec le mouvement Nation of Islam. Le regard du visiteur est également attiré par l' œuvre, tout aussi originale, de la plasticienne Majida Khattari. Intitulée « la prière de l’absent », l’œuvre est dédiée aux victimes du 11-Septembre. Faite de roses asséchées et de masques sur lesquels sont calligraphiées des prières des trois religions monothéistes en langue arabe, elle est présentée comme un « signe de réconciliation interculturelle ». Pour l’artiste, le premier message qui se dégage à travers l’œuvre est de dire qu’il est erroné de considérer tous les musulmans comme des terroristes. « Il y a beaucoup de manipulations du religieux et du politique, incitant des jeunes à afficher leur identité et leur appartenance », a-t-elle confié. « J’ai envie de dépasser tout cela en tant qu’artiste. J’étais choquée, comme beaucoup de musulmans d’ailleurs, par ces attentats, mais j’ai aussi eu à supporter ce fardeau tous ces dix ans durant lesquels lesmusulmans ont subi à la fois la stigmatisation et les drames de la guerre en Irak et en Afghanistan, à cause justement de cela », a ajouté la plasticienne. Par ailleurs, un collectif d’une dizaine d’artistes, décliné sous le vocable « Visible », présente des photographies décrivant l’ambiance de « panique sécuritaire » entretenue aux États-Unis depuis le 11 septembre 2001. Leur initiative « Disappeared in America » vise à documenter les abus juridiques systématiques dans la détention et l'extradition de personnes stigmatisées dans le sillage des attaques du 11 septembre. Enfin, une exposition « Islam in the city » décrypte le quotidien des musulmans dans le quartier emblématique de Manhattan, au cœur de New-York. Environ six millions de personnes se revendiquant de l’Islam vivent aux États-Unis.