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800 000 personnes exterminées en deux mois

Génocide rwandais: la responsabilité de la “France” pointée

Echoroukonline
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Génocide rwandais: la responsabilité de la “France” pointée
D.R

Vingt-sept (27) ans après le génocide rwandais (avril-juin 1994) où 800.000 personnes ont été tuées, un rapport vient de pointer la responsabilité accablante de la France et de son président au moment des faits en l’occurrence François Mitterrand.

Fruit de deux années de travail, la conclusion du rapport de la commission dirigée par l’historien Vincent Duclert est sans appel: la France «est demeurée aveugle face à la préparation» du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 et porte des «responsabilités lourdes et accablantes» dans la tragédie. Après la publication de ce rapport, l’Élysée a appelé à un rapprochement “irréversible” avec Kigali.

Un président de la République et son cercle proche soutenant “aveuglément” un régime raciste et violent: la “faillite” de la France et ses “responsabilités accablantes” dans le génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 sont exposées dans un rapport cinglant remis vendredi 26 mars au président français Emmanuel Macron.

Une commission de quatorze historiens

Présente au Rwanda depuis que ce pays des Grands Lacs a pris son indépendance de la Belgique, la France «est demeurée aveugle face à la préparation» du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 et porte des «responsabilités lourdes et accablantes [dans la tragédie]», assène dans ses conclusions la commission de quatorze historiens présidée par Vincent Duclert, mise en place en 2019 par le président Emmanuel Macron.

Dans ce rapport de plus de 1.000 pages, les historiens reviennent sur l’engagement français durant ces quatre années décisives, au cours desquelles s’est mise en place la dérive génocidaire du régime hutu, pour aboutir à la tragédie de 1994: quelque 800 000 personnes, majoritairement tutsi, exterminées dans des conditions abominables entre avril et juillet.

Télégrammes diplomatiques, notes confidentielles et lettres à l’appui, le rapport dessine une politique africaine décidée au sommet par le président socialiste de l’époque, François Mitterrand, et son cercle proche, un entourage motivé par des «constructions idéologiques» ou la volonté de ne pas déplaire au chef de l’État.

Il raconte des décideurs “enfermés” dans une grille de lecture “ethniciste” post-coloniale et décidés à apporter, contre vents et marées, un soutien quasi “inconditionnel” au régime “raciste, corrompu et violent” du président rwandais Juvénal Habyarimana, face à une rébellion tutsi considérée comme téléguidée depuis l’Ouganda anglophone.

Dérive extrémiste

«Cet alignement sur le pouvoir rwandais procède d’une volonté du chef de l’État et de la présidence de la République», écrivent les quatorze historiens de la Commission, en insistant sur «la relation forte, personnelle et directe» qu’entretenait François Mitterrand avec le président hutu Juvénal Habyarimana.

Cette relation, doublée d’une obsession de faire du Rwanda un territoire de défense de la francophonie face aux rebelles tutsis réfugiés en Ouganda a justifié «la livraison en quantités considérables d’armes et de munitions au régime d’Habyarimana, tout comme l’implication très grande des militaires français dans la formation des Forces armées rwandaises [gouvernementales]».

Dès octobre 1990, date d’une offensive du FPR (Front patriotique rwandais, ex-rébellion tutsie dirigée par Paul Kagame, devenu président du Rwanda), Paris prend fait et cause pour le régime Habyarimana. Elle s’engage militairement avec l’opération militaire Noroît, censée protéger les expatriés étrangers, mais qui de facto constitue une présence “dissuasive” pour protéger un régime vacillant contre l’offensive rebelle.

Tout en pressant Habyarimana à démocratiser son régime et négocier avec ses opposants – ce qui aboutira aux accords de paix d’Arusha en août 1993 –, la France ignore les alertes, pourtant nombreuses, venues de Kigali ou Paris, mettant en garde contre la dérive extrémiste du régime et les risques de “génocide” des Tutsi.

La responsabilité de François Mitterrand

Qu’elles viennent de l’attaché militaire français à Kigali, des ONG, de certains diplomates, ou des services de renseignement, ces mises en garde sont ignorées ou écartées par le président  français de l’époque et son cercle.

[Celui qui sera président de la France en 1981 avait fait exécuter -alors ministre de la Justice lors de la Glorieuse Révolution algérienne- pas moins de 45 nationalistes algériens avant d’abolir la peine de mort une fois arrivé au pouvoir].

«On peut se demander si, finalement, les décideurs français voulaient vraiment entendre une analyse qui venait contredire la politique mise en œuvre au Rwanda», écrivent les chercheurs.

Le rapport souligne notamment la lourde responsabilité de l’État-major particulier (EMP) de François Mitterrand, dirigé par le général Christian Quesnot et son adjoint le colonel (devenu général) Jean-Pierre Huchon.

«L’EMP porte une responsabilité très importante dans l’installation d’une hostilité générale de l’Élysée envers le FPR», écrit le rapport, qui dénonce «les pratiques irrégulières», voire les «pratiques d’officine» de cet organe qui court-circuite tous les canaux réguliers pour mettre en œuvre la politique française sur le terrain.

Avec l’aval, tacite, du président: «aucun document ne montre une volonté du chef de l’État de sanctionner ces militaires ou de les retenir dans leurs initiatives», pointe le rapport.

Parallèlement, l’institution diplomatique ne se montre guère plus critique – à de rares exceptions –: «les diplomates épousent sans distance ou réserve la position dominante des autorités», et leur administration est «imperméable» à la critique.

L’arrivée en 1993 d’un gouvernement de droite – la France entre alors en “cohabitation” – ne modifiera pas fondamentalement la donne, malgré des affrontements parfois “impitoyables” entre l’Élysée et le gouvernement du Premier ministre Édouard Balladur, beaucoup moins enclin à l’engagement français au Rwanda.

“Massacres interethniques”

Lorsque le génocide commence, le 7 avril 1994, au lendemain de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana (dont le rapport ne désigne pas les commanditaires, objet d’une controverse depuis près de trente ans), cela n’entraîne pas «une remise en cause fondamentale de la politique de la France, qui demeure obsédée par la menace du FPR». Et même si le chef de la diplomatie d’alors, Alain Juppé, est le premier à parler de «génocide» à la mi-mai 1994, la grille de lecture reviendra rapidement à des «massacres interethniques» et une «guerre civile».

Il y a une «obstination à caractériser le conflit rwandais en termes ethniques, à définir une guerre civile là où il y a une entreprise génocidaire», écrivent les historiens.

Cette opération controversée, Turquoise, a certes «permis de sauver de nombreuses vies, mais non celles de la très grande majorité des Tutsi du Rwanda exterminés dès les premières semaines du génocide», écrit la commission, qui souligne que les autorités françaises «se refusent à arrêter» les commanditaires du génocide ayant trouvé refuge dans la zone sous contrôle français. Ce point est l’un des plus controversés de l’action française au Rwanda.

Les responsables politiques et militaires de l’époque ont pour leur part soutenu avoir sauvé l’honneur de la communauté internationale en étant les seuls à intervenir au Rwanda.

Le génocide prend fin avec la victoire du FPR en juillet 1994. Depuis, la France a entretenu des relations tendues, voire exécrables, avec le Rwanda, marquées par la rupture des relations diplomatiques en 2006.

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