Hessel : « Ce qui est imposé aux Palestiniens est un sociocide »
Le peuple palestinien est soumis à un ’’sociocide’’ visant non seulement à le priver de ses libertés fondamentales mais aussi son anéantissement en tant qu’entité sociale, a affirmé samedi à Paris le philosophe et ambassadeur de France, Stéphane Hessel.
’’Ce qui est actuellement imposé à nos amis palestiniens n’est pas tellement différent de l’apartheid qui régnait en Afrique du Sud. Il leur est imposé quelque chose que nous avons appelé +sociocide+’’ , a-t-il déclaré à la clôture d’un colloque international sur la question palestinienne.
Pour l’auteur du best-seller ’’indignez-vous !’’, ce qui est détruit en Palestine c’est une société dans son intégralité. ’’Ce n’est pas un Etat qu’on est en train de détruire, car il n’y en a pas encore, ce n’est pas une religion, ce n’est pas ça qui est en cause, ce n’est pas une race, il n’y a pas de race, mais c’est une société palestinienne qui pourrait, avec de longues traditions historiques, être une société multiculturelle’’, a-t-il dit.
Pour l’intellectuel français, cette société peut être ’’tolérante, pas forcément islamiste, pas forcément celle des frères musulmans, mais peut être un ensemble qui porterait tout ce que la Palestine a déjà apporté au monde et qu’elle peut lui apporter encore’’.
’’Mais, pour le moment, elle est traitée d’une façon telle que l’on peut vraiment parler de +sociocide+’’ , a-t-il regretté, signalant que tant que la position ’’trop alignée’’ des Etats-Unis sur les gouvernements successifs israéliens ne change pas, on ’’n’a pas beaucoup de chance de voir un vrai progrès auquel nous aspirons tous’’ .
Faisant allusion à la dernière offensive diplomatique de la Palestine pour se faire reconnaître à l’Onu, M.Hessel a souligné l’urgence de mettre d’abord un terme à la colonisation des terres palestiniennes. ’’Le jour où on aura proclamé l’existence d’un Etat palestinien souverain à l’intérieur de ses frontières, on dira aux colons ou bien vous restez là et vous vous entendez avec vos amis palestiniens ou bien vous décampez !’’ , a-t-il martelé, jugeant possible une ’’modification’’ de la société mondiale sous l’effet de la crise économique et financière qui mène l’Occident vers un ’’mur qu’il faut bien essayer d’abattre’’ .
Lors d’une table-ronde précédant cette intervention, un conseiller des missions de la Palestine à Berlin et Paris, Ilan Halevi, a affirmé que ce qui se passe en Palestine est non seulement une occupation, mais aussi une colonisation de populations. ’’Il ne faut jamais oublier de souligner la violence permanente quotidienne que représente l’occupation elle-même, et la colonisation multiforme’’, a-t-il dit.
Evoquant l’incidence du ’’printemps arabe’’ sur le conflit israélo-palestinien, il a estimé qu’il n’y a rien de ’’sûr quant à l’avenir des révolutions en Tunisie ou en Egypte’’ et que l’aboutissement de ce processus révolutionnaire ’’ne sera pas nécessairement au profit des forces réactionnaires’’ .
Tout en signalant que les scénarii différent d’un pays à un autre, le diplomate a rappelé que le mouvement Fatah auquel il appartient avait déjà il y a deux ans opté, dans sa stratégie, pour l’action populaire ’’non violente’’ qui, selon lui, ’’n’aura pas d’écho sans l’appui de la solidarité internationale, dont le choix d’aller à l’ONU pour faire entendre sa voix’’.
Le colloque international sur la question palestinienne s’est ouvert dans la matinée à l’initiative du Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient, en présence de nombreux spécialistes de la question palestinienne.
Placée sous le thème “Le printemps arabe et le conflit israélo-palestinien” le colloque, à travers les différentes interventions, a tenté de réfléchir sur la contribution des actuels mouvements dans le monde arabe à court ou à moyen terme, à une solution du conflit israélo-palestinien et à une paix réelle au Proche-Orient.