Hichem Aboud: l’assassin de Mécili a reçu 80 millions sous protection de Semraoui
Dans un entretien accordé à notre journal, l’ancien chef de cabinet du patron de la toute-puissante Sécurité militaire, l’ex officier de l’armée algérienne Hichem Aboud a souligné être sur de l’innocence du diplomate algérien Mohamed Ziane Hassani pour impliquer Mohammed Semraoui qu’il dit impliqué dans une affaire d’élimination corporelle de l’avocat algérien en 1987.
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Hichem Aboud assure avoir été surpris lorsqu’il a appris l’arrestation du diplomate algérien. J’ai tout de suite après demandé à témoigner de nouveau, puisque je détiens beaucoup de preuves. J’ai alors comparu le mercredi devant le juge qui m’a proposé deux photos du diplomate arrêté, une récente et une autre ancienne. J’ai totalement nié l’implication du diplomate puisqu’il n’existe aucune ressemblance physique entre lui et la personne ayant prémédité l’assassinat, ni l’assassin lui même.
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Aussi, le parcours professionnel du diplomate montre que sa profession était civile, je l‘ai connu en 1987 et je m’en rappelle toujours bien que 20 ans sont passées après notre dernière rencontre.
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Le juge semblait convaincu par mes propos, explique l’ex officier de l’armée algérienne, qui assure avoir été fortement surpris d’apprendre la nouvelle de l’arrestation du diplomate algérien et d’ajouter, j’ai pensé à une erreur et j’ai demandé aux autorités françaises de me laisser voir M. Hassani ou bien voir une photo de la personnes arrêtée. En revanche, je n’ai été convoqué qu’en début de la semaine dernière et j’ai témoigné le mercredi, un témoignage qui a duré selon M. Aboud trois heures, de 14 heures à 17 heures.
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En outre, Hichem Aboud estime que le témoignage de Semraoui n’était nullement innocent. il est motivé par son implication dans l’assassinat. Les indices du meurtre révèlent que l’assassin a été aidé par d’autres personnes, sinon il n’aurait pas réussi à tuer Mécili sur les terres françaises. Il assure que Mohammed Semraoui était présent lors de la remise de la somme de 80 millions de francs au tueur. C’est selon lui Semraoui qui a assuré une protection à l’exécuteur. Il existe une ressemblance dans les noms de famille entre Mohammed Semraoui et Mohammed Ziane Hassani.
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Par ailleurs, dans une interview publiée dans le Nouvel Observateur le 14 juin 2001, Hichem Aboud affirmait qu’Ali Mécili avait été assassiné sur ordre de la présidence de la République.
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Le général Ayat a eu une réunion à la présidence avec Larbi Belkheir, qui était à l’époque directeur de cabinet président Chadli (et qui était aujourd’hui directeur de cabinet du président Bouteflika, NDLR). Des instructions lui ont alors été données pour monter une opération contre Mécili.
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Ce dernier avait à l’époque, il avait rapproché Aït Ahmed et Ben Bella, deux figures de la révolution algérienne. Aït Ahmed venait de reprendre le Front des Forces socialistes, le FFS, et Ben Bella avait monté le MDA qui était devenu le mouvement d’opposition numéro un. Ces deux hommes gênaient, il faillait les neutraliser. Mais si l’on avait touché à l’un deux, le scandale aurait été immense. Donc ils s’en sont pris à celui qui les avait rapprochés. C’était un avertissement pour les deux : « Comme on a pu tuer Mécili, vous aussi – vous n’êtes pas loin – on peut vous atteindre ». C’est le capitaine Rachid Hassani qui a pris en charge cette mission. Il venait d’arriver de la gendarmerie.
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C’est le capitaine Hassani qui m’en a parlé. C’était mon ami. Il est de mon patelin, pratiquement de la même tribu que moi, dans les Aurès. Hassani a pris en main l’affaire Mécili parce qu’aucun officier ne l’avait acceptée.
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Il m’avait dit que ceux qui devaient traiter l’affaire, ceux qui avaient le dossier de l’opposition et ceux qui étaient dans l’opérationnel avaient refusé.
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Personne ne s’est aventuré à prendre cette affaire. Hassani, qui a piloté l’opération, arrivait de la gendarmerie. Il n’avait suivi aucune formation d’officier de renseignement. En prenant le dossier, il avait ses raisons. D’après ce qu’il m’a raconté, Mécili, à l’époque où il était l’un des hauts responsables de la Sécurité militaire, avait fait du mal à sa famille, en particulier à son oncle, Moussa Hassani, un ancien ministre des PTT du temps de Ben Bella. A Paris, Hassani a embauché Abdel Malek Amellou, le proxénète qui a assassiné Mécili. Celui-ci a obtenu un appartement à Alger et une prime de 800 000 francs. Quand Amellou a été arrêté après l’assassinat, le gouvernement français (Jacques Chirac était alors Premier ministre et Charles Pasqua ministre de l’Intérieur, NDLR) a donné un sacré coup de main aux Algériens en l’aidant à fuir la justice française…
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Rappelons que c’est le 7 avril 1987, l’avocat Ali Mécili, proche de l’opposant Aït Ahmed, est assassiné à Paris dans le hall de son immeuble du boulevard Saint-Michel. Deux mois plus tard, la police judiciaire arrête Abdel Malek Amellou, un proxénète parisien d’origine algérienne, qui détient un ordre de mission qui porte la signature du « capitaine Hassani ». Ce nom est celui d’un officier de la Sécurité militaire algérienne. Déféré devant la justice, Amellou est expulsé en procédure d’urgence vers l’Algérie, sur ordre du ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua