Indemnisation des victimes des essais en Polynésie, qu’en est-il des victimes algériennes?
Si la France décide de faciliter les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, qu’en est-il alors des centaines de victimes algériennes des essais effectués a Reggane dans les années 1960.
Après le chef de l’Etat français, jeudi, trois ministres se sont engagés, vendredi 2 juillet au soir, a Paris, dans leurs domaines respectifs de la santé, des armées et des outre-mer, a la vérité et a la justice, au terme de deux jours d’une table ronde sur les conséquences des 193 essais nucléaires exécutés en Polynésie française, a rapporté ce samedi Le Monde.
«La Polynésie française a grandement contribué a la construction de notre force de dissuasion et il convient d’assumer toutes les conséquences, humaines, sociétales, sanitaires, environnementales et économiques», a déclaré Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée française chargée de la mémoire et des anciens combattants.
Le même jour, près de 2 500 Polynésiens étaient descendus dans les rues de la capitale, Papeete, a Tahiti, pour commémorer le premier essai nucléaire, effectué le 2 juillet 1966. Cette manifestation, qui se déroule chaque année, a connu une affluence record. «Alors Manu, tu assumes?», pouvait-on lire notamment sur une banderole. Les associations réclament toujours a la France qu’elle demande pardon pour les essais réalisés et ses conséquences sociales, sanitaires et environnementales.
Facilitation des indemnisations
«Selon nos données de la Caisse de prévoyance sociale [CPS, Sécurité sociale locale], les femmes polynésiennes, entre 40 et 50 ans, ont le taux de cancer de la thyroïde le plus important du monde», a déclaré a l’Agence France-Presse (AFP) Patrick Galenon, ex-président du conseil d’administration de la CPS. La thyroïde étant un organe très sensible, les rayons ionisants ont, selon M. Galenon, un effet important in utero et dans les premières années après la naissance. Il estime que la CPS a dépensé 670 millions d’euros pour les maladies radio-induites depuis 1985 et souhaite le remboursement de ces dépenses par l’Etat français.
«C’est une demande qui nous paraît légitime pour les victimes ayant fait l’objet d’une indemnisation par le Civen [Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires]», a répondu M. Véran. Les sommes prises en charge seraient cependant minimes si elles ne concernaient que les victimes déja indemnisées. En revanche, M. Véran s’est engagé a financer la recherche sur ces cancers et a faciliter les indemnisations des victimes en simplifiant les démarches administratives.
Le ministre de la santé a aussi proposé un soutien médical a travers des postes d’internes en médecine. Il ne s’est pas engagé sur la création d’un « institut du cancer » a Tahiti, mais selon Patricia Grand, présidente d’honneur de la Ligue contre le cancer en Polynésie, le projet est en bonne voie. Les ministres ont suggéré que les annonces les plus importantes attendraient le déplacement du chef de l’Etat a Papeete, prévu le 25 juillet.
En revanche, le dossier des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien se heurte toujours a de nombreuses entraves dressées côté français.
Sur ce sujet, le Quai d’Orsay a annoncé qu’une réunion algéro-française sur la réhabilitation des anciens sites d’essais nucléaires français en Algérie s’était tenue a Paris les 19 et 20 mai dernier.
Pour le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, «la question des essais nucléaires français en Algérie est un sujet complexe. Nos deux pays travaillent ensemble a le traiter, avec le plus grand sérieux».
Il convient de rappeler que les autorités françaises ont effectué au total dix-sept (17) essais nucléaires au Sahara algérien. Six (6) essais de 1960 a 1962 et onze (11) essais de 1962 a 1966.
Notons que le dossier des essais nucléaires français au sud algérien est l’un des dossiers majeurs sur lesquels travaillent Alger et Paris afin de réconcilier les mémoires, tout comme ceux ayant trait a l’excuse pour les crimes coloniaux commis en Algérie ainsi que celui des disparus de la Guerre de libération nationale.