Iran: funérailles solennelles pour le père du programme des missiles
L'Iran a organisé lundi des funérailles solennelles pour le responsable des missiles balistiques des Gardiens de la révolution tué dans l'explosion inexpliquée d'un dépôt de munitions près de Téhéran, au milieu de spéculations sur la possibilité d'un sabotage israélien.
Le Guide de la République islamique Ali Khamenei, dont relèvent les Gardiens de la révolution (Pasdaran), garde prétorienne du régime, a participé à Téhéran à une cérémonie religieuse en l’honneur du général de division Hassan Moghadam et de sept des seize autres victimes de l’explosion de samedi, selon les images de la télévision d’Etat. Le général Moghadam, responsable des programmes industriels destinés à rendre les Pasdaran autosuffisants en matière d’armement, avait notamment fondé le corps d’artillerie des Gardiens de la révolution lors de la guerre Iran-Irak, puis créé leurs forces balistiques, selon les indications fournies officiellement à Téhéran. Il a été tué samedi dans l’explosion, accidentelle selon le régime iranien, d’un dépôt de munitions dans une base des Gardiens de la révolution à Bidganeh, à la périphérie sud-ouest de Téhéran. Le dépôt aurait sauté lors d’un déplacement de munitions, selon le porte-parole des Pasdaran, le commandant Ramezan Sharif, qui n’a pas précisé pourquoi un officier de l’importance du général Moghadam se trouvait sur les lieux. Le général Moghadam travaillait jusqu’à ses derniers instants à ses tâches de recherche scientifique, a déclaré lundi son adjoint, le général Moussavi, à l’agence ISNA, soulignant que le général Moghadam avait passé 25 ans de sa vie à créer et développer le programme des missiles défensif de l’Iran. Les Gardiens de la révolution sont responsables du programme des missiles du pays, qui dispose notamment de missiles balistiques Shahab-3 d’une portée de 2.000 kilomètres, capables d’atteindre Israël. Les programmes nucléaire et balistique de l’Iran ont été condamnés à plusieurs reprises par le Conseil de sécurité de l’ONU, qui a réclamé en vain leur suspension. L’explosion qui a tué le général Moghadam est intervenue dans un contexte politique et militaire tendu par la publication d’un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) accusant Téhéran de chercher, malgré ses démentis, à se doter de l’arme nucléaire. Des responsables israéliens ont récemment menacé l’Iran de frappes militaires contre ses sites nucléaires. Et des experts militaires américains ont suggéré fin octobre que les Etats-Unis organisent des opérations clandestines pour assassiner des commandants des Gardiens de la révolution. Le magazine américain Time a évoqué lundi la piste d’un attentat organisé par le Mossad israélien, en citant une source non identifiée d’un service de renseignement occidental. Ne croyez pas les Iraniens quand ils disent qu’il s’agit d’un accident, a affirmé cette source à Time. Elle a affirmé également que d’autres opérations de sabotage étaient prévues contre la capacité iranienne de fabriquer et délivrer une bombe atomique. Sans remettre en cause la thèse de l’accident, un haut responsable des Gardiens de la révolution a reconnu lundi que le général Moghadam était une cible potentielle importante. La capacité actuelle de l’Iran dans le domaine des missiles est largement le résultat des efforts du général Moghadam, a souligné le général Abbas Khani, commandant de la défense anti-aérienne des forces terrestres des Padaran, cité par l’agence officielle IRNA. En raison de ce rôle (…) nos ennemis ont toujours cherché à l’éliminer. Le ministre israélien de la Défense Ehud Barak s’est félicité dimanche de l’explosion qui a coûté la vie au responsable iranien. Ce serait souhaitable qu’elles (ndlr: ces explosions) se multiplient, a-t-il commenté.