La campagne de séduction du président iranien Hassan Rohani
En quelques semaines, Téhéran a multiplié les gestes d’ouverture. Le dernier en date est le plus significatif : la libération, mercredi, de l’avocate Nasrine Sotoudeh, emprisonnée pour sa lutte en faveur des droits de l’Homme.
Depuis son élection, le nouveau président iranien, le modéré Hassan Rohani, a multiplié les déclarations d’intention promettant davantage de libertés politiques et sociales. “C’est un geste concret en terme d’avancée pour les droits de l’Homme. Les pays occidentaux attendaient cela depuis longtemps ” confie à FRANCE 24 François Nicoullaud, qui fut ambassadeur de France à Téhéran entre 2001 et 2005. À l’époque, Hassan Rohani était négociateur en chef sur le dossier nucléaire iranien.
Une marge de manœuvre laissée par le Guide
Rohani était attendu par ses électeurs, mais on ne savait pas si le Guide suprême Ali Khamenei lui accorderait une marge de manœuvre. La libération de 12 prisonniers politiques, mercredi 18 septembre, est le premier geste concret confirmant que c’est le cas. “Rohani a la confiance du Guide suprême, les deux hommes se respectent mutuellement. Ce qui vient d’arriver n’a pas pu être obtenu sans l’accord du Guide ” explique l’ancien diplomate.
Parmi les prisonniers qui ont quitté la prison de Evine, on retrouve des journalistes, des figures politiques proches du mouvement réformateur et des militants des droits de l’Homme. La plupart des prisonniers graciés avaient été arrêtés pendant le mouvement de protestation qui avait suivi la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009. Notamment l’avocate Nasrine Sotoudeh, qui avait pris la défense de plusieurs opposants arrêtés pendant les manifestations de 2009. Ironie du sort, elle s’est retrouvée derrière les barreaux avec ceux qu’elle défendait. Condamnée à 11 ans de prison pour “action contre la sécurité nationale et propagande contre le régime”, elle avait vu sa peine ramenée à six ans.
Une suspicion de “guerre douce”
Clément Therme, chercheur associé à l‘EHESS ne s’étonne pas de ces libérations.” Avec Hassan Rohani, on est davantage dans le réalisme politique. Il n’adhère pas au discours du précédent gouvernement qui croyait à une “guerre douce”. Une expression employée dans les discours des proches d’Ahmadinejad qui voyaient dans la figure de Nasrine Sotoudeh, et d’autres militants des droits de l’Homme, de potentiels révolutionnaires. Ils craignaient une “révolution de velours ” à l’ukrainienne, financée par des fondations occidentales telle que la fondation Soros.