La junte en Guinée en quête d’adhésion
Quatre jours après le coup d’état en Guinée, la junte tente de convaincre du bien-fondé de son action. Elle gagne cependant du terrain après l’allégeance qui lui a été exprimée par le gouvernement.
- Le coup de force opéré par les militaires en Guinée a été unanimement condamné par la communauté internationale. Il trouve cependant une certaine adhésion à l’intérieur de la Guinée. Le coup d’état opéré dans le calme demeure un coup d’état, contraire aux fondements de la constitution et de la démocratie mais le gouvernement guinéen a mis de côté ces fondements et a prêté allégeance aux putschistes.
- ” (…) Nous sommes à votre entière disposition. Nous vous remercions encore une fois pour votre sagesse, Monsieur le président”, a répondu le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara qui venait de demander à Souaré et à son gouvernement d'”aider” son régime, au cours d’une rencontre au quartier général des putschistes.
- Le capitaine Camara, qui s’est autoproclamé “président de la République” tente de justifier son action en promettant que la prise du pouvoir par l’armée est “une transition pour aboutir à des élections libres et transparentes, au terme desquelles nous allons rejoindre les casernes”.
- Les guinéens étaient également des milliers à manifester leur soutien aux militaires dans les rues de la capitale Conakry, mais était-ce peut-être le soulagement “d’en finir” avec un président qui a paupérisé la population en dépit des richesses de ce pays d’Afrique de l’Ouest.
- Quelques soient les ralliements obtenus par la junte, le coup de force militaire demeure injustifiable et illégitime au regard de la communauté internationale.
- L’Union africaine menace la Guinée de sanctions et les Etats-Unis haussent le ton exigeant un “retour immédiat à l’ordre civil” et “rejettent le communiqué des putschistes promettant des élections en décembre 2010”. L’ambassade américaine à Conakry encourage également le maintien des législatives prévues en mai 2009 dans ce pays.
- La présidence française de l’Union européenne a pour sa part appelé à l’organisation d’élections “démocratiques et transparentes” au “premier semestre 2009”, qui serait, cela dit, conforme à la législation qui prévoit des élections dans les 60 jours suivant le décès du président.
- Le calendrier imposé par la junte est également contesté au plan national. Deux importantes coalitions de l’opposition, jugent trop long le délai de deux ans pour organiser des élections et demandent des “élections libres” d’ici à un an.
- Les putschistes ne cèdent pas et tentent de rassurer. Ils prévoient l’organisation de deux réunions ce samedi, une “réunion d’information” avec les “représentants de la société civile, des partis politiques, des confessions religieuses et des centrales syndicales”, suivie d’une seconde, “afin de rassurer la communauté internationale”, avec les “représentants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, de l’Union africaine, de l’Union européenne, les ambassadeurs des pays du G8 et leur attaché de défense, ainsi que les représentants d’autres institutions internationales.
- Par ailleurs, les funérailles nationales du président guinéen Lansana Conté, décédé lundi à 74 ans après 24 ans d’un “règne” très contesté, se sont déroulées vendredi à Conakry en présence de plusieurs chefs d’Etat de la région et -assez paradoxal- de plus de 30 mille personnes.