L’Algérie s’est-elle éloignée du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États?
Dans une déclaration à la Radio nationale, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a dit que l’Algérie «était satisfaite de la feuille de route mise en œuvre par le gouvernement de transition en Égypte», qu’avait annoncée l’auteur du coup de force contre le président Morsi, le général Abdel-Fattah Al-Sissi.
« J’ai rencontré lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères arabes, il y a une semaine au Caire le ministre des Affaires étrangères égyptien, Nabil Fahmi qui m’avait fourni des explications sur l’application de la feuille de route par le gouvernement de transition égyptien et je pense que l’Égypte pourrait s’en sortir de cette situation », a indiqué le chef de la diplomatie, Mourad Medelci.Le représentant du gouvernement a ajouté avoir porté un message de Abdelaziz Bouteflika, aux autorités égyptiennes qui vivent depuis plus de deux mois de fortes tensions suivant la destitution du premier président élu démocratiquement en Égypte, Mohamed Morsi.« Il y a intérêt qu’on coopère d’État à État, d’autant plus qu’il y a beaucoup de chose qu’on peut réaliser ensemble », a-t-il ajouté.Il y a lieu de rappeler que l’Algérie qui a abrité les travaux du 35e sommet de l’OUA tenu à Alger du 6 au 14 juillet 1999, sanctionné par une décision portant la non-reconnaissance et le boycott des régimes issus de coup d’Etat, ce qui n’a toutefois pas été respecté par la politique extérieure d’Algérie vis-à-vis du coup de force ayant mené à la destitution de Morsi.S’agissant des déclarations du chef de la diplomatie algérienne, le professeur des Sciences politiques et des relations internationales à l’Université d’Alger, Dr Salim Kelala a estimé qu’il s’agissait d’une « nouvelle position » de la diplomatie algérienne, car les autorités algériennes réitéraient par le passe leur position portant la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats.Contacté mardi par Echorouk, Dr Kelala a expliqué que « l’Algérie répète à chaque fois qu’elle n’a pas à s’ingérer dans les affaires intérieures des États » en estimant que « cela ne converge pas avec la position de la politique étrangère du pays ».« Il aurait été préférable de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures du pays frère l’Égypte », nous a-t-il confié.Selon notre interlocuteur, cette attitude des autorités algériennes donne l’impression d’un soutien au coup d’ État en Égypte, qui n’est guère en conformité avec les recommandations de l’UA (Union africaine) interdisant de nouer des relations avec les régimes issus de coup de force et en contradiction avec sa position vis-à-vis de la crise qui a secoué la Libye.Rappelons que la presse égyptienne avait rapporté à maintes reprises que l’Algérie continuait d’approvisionner l’Égypte en gaz de pétrole liquéfié. A cet égard, Dr Kelala estime que « les relations économiques avec l’Égypte devraient être soumises à d’autres règles, et qu’il ne fallait pas en revanche punir le peuple égyptien qui serait le plus touché en cas d’arrêt d’approvisionnement en gaz. De plus, continuer à exporter du gaz vers l’Égypte, ne signifie point qu’il s’agissait d’un soutien au nouveau gouvernement de ce pays, mais s’il est associé à un soutien d’ordre politique, cela suscite en effet des questionnements ». Rappelons aussi que le vice-ministre des affaires étrangères égyptien, Ali Al-Hanafi avait effectué au début du mois d’août dernier une visite en Algérie, au cours de laquelle il a eu des pourparlers avec des responsables algériens, dont le MAE, Mourad Medelci. D’après des médias égyptiens, Ali Al-Hanafi aurait demandé une médiation de l’Algérie auprès de l’Union africaine pour lever la suspension de la participation de l’Égypte.En effet, l’Algérie aurait mené à bien sa mission après l’annonce de l’organisation panafricaine de la levée de la suspension d’Égypte et la réintégrer dans sa structure.