Le “témoignage” de Mostafa El Agha sur son séjour en Algérie: “Le plus grand hommage est l’hommage des hommes”
Je rédige cet article à partir d’Alger que je visite pour la première fois sur l’invitation du journal Echorouk et de son directeur-général Ali Fodhil. Pour l’hommage qui m’a été rendu, je considère cette visite comme une étape importante dans ma vie dans la mesure où elle dépasse mon imagination. Je n’aurais jamais pensé faire l’objet d’une telle sollicitude de la part de gens ordinaires, de personnalités officielles, d’hommes politiques, de sportifs et même des éléments des services de sécurité qui ne sont jamais départis d’un large et bienveillant sourire à mon endroit.
- Dés les premiers instants de mon arrivée à l’aéroport, j’ai tout de suite senti une affection et un accueil chaleureux qui m’a très vite rappelé les traditions séculaires arabes. De même que j’étais loin d’imaginer être escorté par une voiture de police à l’avant et une autre à l’arrière à bord de laquelle se trouvaient des éléments de la protection rapprochée, trois officiers chargés de m’accompagner tout le long de mon séjour. Je n’aurais jamais cru que des activités culturelles pouvaient être organisées avec une telle ampleur à l’image d’une soirée à la salle Mouggar à laquelle ont pris part des vedettes et un grand nombre de journalistes et de sportifs algériens.
- Je n’aurais jamais cru aussi un instant être l’invité d’honneur d’une manifestation artistique tenue dans un prestigieux site archéologique datant de la période romaine : il s’agit du festival de Djemila qui en est à sa sixième édition et qui rassemble, chaque année, des milliers de personnes. Cette manifestation a l’ambition de s’élever parmi les plus grands festivals du monde arabe à l’image de celui de Carthage, de Jarech, de Baâlabek ou encore de Timgad. Là, j’ai été entouré de beaucoup d’attentions de la part de mes confrères et d’hommes politiques. Une fois n’est pas coutume, je n’ai jamais fait l’objet d’un tel intérêt dans tout le monde arabe. Certains se sont même détournés de leurs missions pour m’informer des derniers développements sportifs me suggérant que le domaine sportif était le dernier souci des responsables politiques. Pourtant, Oman avait déjà eu la primeur en honorant le directeur général de la chaîne El Djazira, mon confrère Nacer Khelifi après que la télévision qatarie s’est distinguée par la retransmission de la dernière coupe du golfe dans vos foyers. Je ne pensais pas, ainsi, que cette démarche pouvait être rééditée un jour dans le monde arabe. Mon épouse Nathalie et mon fils Karam qui se sont déplacés avec moi du Soudan au Qatar en direction d’Alger, ont pu se rendre compte enfin qu’une émission sportive pouvait toucher le cœur et l’esprit de millions de personnes à travers le monde. Et là, je ne parle plus de ma modeste personne mais de cette idée à partir de laquelle un commentateur sportif peut accéder à la notoriété à la condition qu’il observe une stricte neutralité et qu’il veille toujours au respect des téléspectateurs. Contrairement à certains «confrères» aux pratiques condamnables, un bon professionnel doit pouvoir toujours éviter à ses admirateurs de verser dans la discorde entre les différents clubs locaux, entre leurs dirigeants, et même entre des équipes nationales de pays frères. Partant de ce postulat, il est alors possible d’attirer, de cette manière, le public vers plus de convivialité et battre même des records d’audience. Les annonceurs qui se préoccupent, eux, le plus souvent du nombre de téléspectateurs sont naturellement attirés par les audiences des médias. Ce n’est jamais un acquis. De même qu’il n’est pas évident d’obtenir un laisser- passer vers les cœurs et les esprits des téléspectateurs qui eux vous félicitent spontanément quand ils vous rencontrent.
- Oui, j’ai l’impression d’avoir concrétiser, aujourd’hui, un rêve vieux de 30 ans. Un rêve qui consiste à toucher le plus humble des citoyens et le téléspectateur le plus modeste. C’est pourquoi, j’ai voulu partager avec vous mon expérience personnelle que j’assimile, de temps à autre, à une marche sur le fil d’un rasoir. Chaque mot est compté et chaque phrase doit faire l’objet d’une mure réflexion avant sa prononciation. Toutes les sensibilités sont présentes dans notre contrée. Et par conséquent tout le monde vous attend au tournant. Lorsque un pays entier vous remet, ainsi, un chèque d’amour, vous vous sentez récompensé pour tous vos efforts. Ce sentiment de satisfaction et de fierté, je le souhaite à chacun de mes confrères, de l’expérimenter un jour… de son vivant. Car jusque-là, nous avons pris la fâcheuse habitude de rendre hommage à nos enfants, une fois qu’ils ne sont plus.
- (Article paru au Sultanat d’Oman dans le journal «Kooora ou bess »)