Libye/CPI : “contacts” avec Seif Al-Islam, l'Otan met fin à sa mission
Le procureur de la Cour pénale internationale a assuré vendredi avoir des “contacts informels” avec Seif Al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi, sur son éventuelle reddition, tandis que l'Otan a décidé de mettre fin à compter de lundi à son opération en Libye.
“Le bureau du procureur lui a signifié très clairement que s’il se rendait à la CPI, il aurait le droit d’être entendu devant la cour, il sera innocent jusqu’à preuve du contraire”, a déclaré le procureur Luis Moreno-Ocampo, cité dans un communiqué, affirmant avoir des “contacts informels” avec Seif Al-Islam “via des intermédiaires”.
Fils du défunt leader Mouammar Kadhafi et recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité, à savoir meurtre et persécution, commis depuis le début de la révolte, à la mi-février, contre le régime de son père, Seif Al-Islam fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI et de notices rouges d’Interpol.
Successeur officieux de son père, qui était lui aussi recherché par la CPI, Seif Al-Islam s’est rendu mardi à la frontière du Niger pour y chercher refuge, a affirmé un responsable touareg.
“Nous avons en outre appris par des voies informelles qu’un groupe de mercenaires a offert de transférer Seif dans un Etat africain qui n’est pas un Etat partie au Statut de Rome”, le traité fondateur de la CPI, a ajouté M. Moreno-Ocampo.
“Le bureau du procureur explore également les possibilités d’intercepter tout avion dans l’espace aérien d’un Etat partie pour procéder à une arrestation”, a souligné le procureur argentin.
Egalement visé par un mandat d’arrêt de la CPI, l’ex-chef des services secrets militaires libyens Abdallah Al-Senoussi serait passé du Niger au Mali avec quelques-uns de ses hommes, selon des sources sécuritaires nigérienne et malienne.
L’Otan a de son côté confirmé officiellement vendredi à Bruxelles qu’elle mettait fin à compter de lundi à son opération en Libye, se félicitant d’un succès “historique”.
“Nous avons entièrement rempli le mandat historique des Nations unies de protéger le peuple de Libye, de faire appliquer une interdiction de vol et un embargo sur les armes”, a déclaré le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen, cité dans un communiqué.
L’opération “Protecteur unifié” est “l’une des plus réussies dans l’histoire de l’Otan”, s’est félicité M. Rasmussen, tout en estimant que la victoire avait été remportée par le peuple libyen, qui peut maintenant “prendre son futur en mains fermement et en sécurité”.
Pour le patron de l’Otan, les Libyens ont toutefois “encore beaucoup de travail à faire pour construire une nouvelle Libye fondée sur la réconciliation, les droits de l’homme et l’Etat de droit”.
Le Conseil national de transition (CNT) avait demandé mercredi le maintien de l’Otan en Libye au moins “jusqu’à la fin de l’année”, assurant que même après la mort de Mouammar Kadhafi, tué le 20 octobre par des combattants anti-Kadhafi, ses derniers fidèles représentaient une menace pour le pays.
M. Rasmussen a voulu rassurer les nouvelles autorités en affirmant que “le monde restait aux côtés” du peuple libyen, et en expliquant que l’Otan pourrait “aider les Libyens à réformer les institutions de sécurité et de défense dont toutes les démocraties ont besoin pour rester libres et en sécurité”.
Un conseiller du président américain Barack Obama a soutenu vendredi que la fin du régime du colonel Mouammar Kadhafi “souligne la valeur irremplaçable et unique de la prééminence des Etats-Unis sur des alliances fortes” comme l’Otan, tout en saluant la contribution d’autres pays de l’Otan et des pays hors alliance à l’opération.
L’Otan avait déjà pris le 21 octobre la décision, à titre provisoire, de la fin de son opération, sept mois après les premiers bombardements par les avions de l’alliance.
L’officialisation de la fin de la mission de l’Otan était attendue, le Conseil de sécurité de l’ONU ayant mis fin jeudi au mandat autorisant le recours à la force en Libye.
L’embargo sur les armes et les quelque 26.000 sorties aériennes de l’Otan, dont plus de 9.650 dans un but “offensif”, ont largement contribué au changement de régime en Libye après plus de quarante ans de dictature, même si l’alliance n’en avait pas officiellement fait un objectif.