Libye : l’OTAN accuse Kadhafi d’utiliser des boucliers humains
L'Alliance atlantique a promis de protéger les habitants de Misrata bombardée par les forces fidèles à Mouammar Kadhafi, qui avancent en direction d'Adjedabia.
Sur le terrain
L’Otan a accusé mercredi les forces fidèles à Mouammar Kadhafi d’utiliser des civils comme boucliers humains et de se mêler au trafic routier normal pour avancer vers les sites tenus par les insurgés. L’alliance atlantique, mise en cause par les insurgés, a promis de protéger les habitants de Misrata bombardée par les forces fidèles à Mouammar Kadhafi. Le revers subi mardi par les rebelles sur le front de Brega, qui ont perdu une trentaine de kilomètres face aux forces du colonel Kadhafi, n’est pas inquiétant, a assuré pour da part l’un des porte-parole du Conseil national de transition (CNT). L’Otan poursuit ses frappes directes et chirurgicales sur les forces loyales qui avancent. Depuis 22H00 GMT lundi, plus aucun avion de combat américain n’a effectué de sortie, mais les appareils se tiennent prêts à intervenir en cas de demande de l’Otan. Selon un responsable de l’OTAN, l’armée pro-Kadhafi a perdu le tiers de son potentiel depuis le début des bombardements.
Sur le plan politique
Le vice-ministre libyen des Affaires européennes, Abdelati Obeidi, a été nommé ministre des Affaires étrangères en remplacement de Moussa Koussa qui a fait défection. Le porte-parole du gouvernement libyen a affirmé que le régime était prêt à négocier toute forme de réforme politique, comme des élections ou un référendum, tout en rejetant un départ du colonel Mouammar Kadhafi. “Le leader (Mouammar Kadhafi) est la soupape de sécurité pour le pays et pour l’unité de la population et des tribus. Nous pensons qu’il est très important pour toute transition vers un modèle démocratique et transparent”, a averti Moussa Ibrahim. Lundi soir, le dirigeant libyen a fait une apparition en public dans sa résidence de Bab el-Aziziya à Tripoli, qui avait été la cible le 20 mars d’un missile de la coalition, a rapporté la télévision nationale libyenne. Il s’agissait de la première apparition publique du colonel Kadhafi depuis le 22 mars.
Le CNT a rejeté lundi l’idée d’une transition menée par un des fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Seïf al-Islam, dont le New York Times a fait état. “Kadhafi et ses fils doivent partir avant toute négociation diplomatique”, a affirmé le porte-parole du CNT, Chamseddine Abdulmelah, à Benghazi. Le pouvoir a connu un nouveau revers avec la démission dimanche d’un conseiller du colonel Kadhafi, Ali Triki, doyen des diplomates, quatre jours après la défection du chef de la diplomatie Moussa Koussa. Concernant ce dernier, Seif al-Islam a affirmé mardi à la radio BBC 4, que Moussa Koussa avait “dit qu’il était malade et qu’il devait aller tous les trois mois à l’hôpital Cromwell de Londres… Et nous l’avons autorisé à aller à Djerba, en Tunisie, d’abord. Il n’y pas de problème avec ça”.
Interrogé sur les secrets que Moussa Koussa dirait détenir, Seif al-Islam a répondu: “Quoi comme secrets? Les Britanniques et les Américains savent tout sur Lockerbie. Il n’y a plus de secrets”.
Sur le plan diplomatique
Le pape Benoît XVI a lancé un appel “à toutes les parties en cause” pour “engager un travail de pacification et de dialogue et éviter de nouvelles effusions de sang”.
La priorité doit être un cessez-le-feu et la mise en place de couloirs humanitaires, avant de discuter des changements politiques, a estimé de son côté le ministre turc chargé des Affaires européennes Egemen Bagis. Mouammar Kadhafi a envoyé un message au président américain Barack Obama, après le retrait par les Etats-Unis de ses avions de combats engagés, selon l’agence officielle libyenne Jana.
La Commissaire européenne chargée des questions d’immigration Cecilia Malmström a demandé pour sa part aux Etats de l’UE de prendre en charge les Libyens fuyant les combats. Un émissaire du gouvernement libyen est arrivé lundi après-midi à Ankara afin de “demander l’aide de la Turquie” pour l’instauration d’un cessez-le-feu avec les insurgés. Le vice-ministre libyen des Affaires étrangères et des Affaires européennes, Abdelati Laabidi, était auparavant en Grèce où il a rencontré dimanche le Premier ministre grec Georges Papandreou. Il a transmis un message faisant apparaître que le régime “cherche une solution” au conflit en Libye, “selon les mots utilisés par l’envoyé libyen”, a déclaré le chef de la diplomatie grecque, Dimitris Droutsas.
La prochaine réunion du groupe de contact aura lieu “la semaine prochaine à Doha”, a annoncé lundi le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague. Cette réunion “permettra de poursuivre le travail engagé à la conférence de Londres” mardi dernier, au cours de laquelle ce groupe a été installé officiellement, dans le but de “maintenir la cohésion internationale et de rassembler un grand nombre de pays désireux d’assurer un avenir meilleur à la Libye”, a poursuivi le ministre.
Sur le plan humanitaire
Un avion militaire jordanien transportant 10 tonnes d’aide humanitaire s’est envolé lundi d’Amman à destination de Benghazi. Un navire affrété par l’ONG Médecins sans frontières (MSF) a quitté dimanche après-midi Misrata (200 km à l’est de Tripoli) assiégée et bombardée depuis 40 jours par les forces pro-Kadhafi pour Sfax, en Tunisie, avec 60 blessés à bord. Un ferry turc est par ailleurs arrivé dimanche à Benghazi avec à son bord de l’aide médicale. Des chasseurs et un bâtiment de guerre turcs ont participé à l’opération pour évacuer sur le navire-hôpital 460 blessés et réfugiés de Libye, selon la presse turque.
Sur le plan économique
Un pétrolier doit charger mercredi à Tobrouk, dans l’est du pays, la première cargaison de pétrole effectuée par la rébellion depuis l’arrêt total des exportations du pays. Le pétrole doit permettre de financer l’insurrection. L’Union européenne a indiqué mardi qu’elle n’avait pas d’objection à l’achat de pétrole libyen tant que les revenus de cette transaction ne profitent pas au régime de Kadhafi. Ce dernier a prévenu la semaine dernière qu’il poursuivrait toute compagnie pétrolière concluant un accord pétrolier avec la rébellion. Selon les insurgés, les champs pétroliers des régions qu’ils contrôlent produisent actuellement 100.000 à 130.000 barils par jour. Les exportations d’or noir du pays, qui s’élevaient avant le début des troubles à 1,3 million de barils par jour, sont quasiment à l’arrêt.
Le régime a importé 19.000 tonnes de carburants pour faire face à une pénurie d’essence, selon une source proche de la compagnie nationale de pétrole.
Les sanctions
Les dirigeants des pays européens se sont dit prêts à renforcer leurs sanctions contre le régime du colonel Kadhafi en le privant de tous revenus pétroliers et gaziers, pour qu’il ne puisse plus recruter de mercenaires. Et ils ont appelé l’Onu à endosser cette mesure. Les Pays-Bas ont gelé pour 3,1 milliards d’euros d’actifs appartenant au régime libyen, conformément aux sanctions décrétées par l’Union européenne.
Selon les médias britanniques, le colonel Kadhafi possède environ 20 milliards de livres (23,1 milliards d’euros), principalement à Londres. Le second enfant du colonel libyen, Seif Al-Islam Kadhafi, détient également à Londres une maison estimée à 10 millions de livres (11,6 millions d’euros). Or les autorités britanniques ont gelé pour 12 milliards de livres (13,9 milliards d’euros) d’actifs libyens au Royaume-Uni.