Libye : l'UE étudie toutes les options
Pendant que les forces du régime libyen menaçaient vendredi de progresser vers l'Est, Paris et Londres se sont déclarées favorables à des actions ciblées purement défensives contre les pro-Kadhafi.
Vendredi, lors d’un sommet des 27 dirigeants des pays de l’Union européenne consacré conflit en Libye, le Premier ministre britannique, David Cameron a estimé que l’UE devait se préparer « à toute éventualité » pour chasser Mouammar Kadhafi du pouvoir. Le président français, Nicolas Sarkozy, a de son côté fait part de la « disponibilité de la France pour des actions ciblées purement défensives, au seul cas où M. Kadhafi ferait usage d’armes chimiques ou de l’aviation contre des populations qui manifestent sans violence ». Il a cependant précisé qu’une telle intervention n’aurait lieu que si l’ONU et l’opposition libyenne le souhaitent et si la Ligue arabe l’accepte. Pour rappel, la France est la première nation à reconnaître le Conseil national de transition (CNT) comme représentant de la Libye.
Au sein de l’UE, les avis divergent encore sur l’opportunité d’une telle reconnaissance, ainsi que sur l’option militaire pour venir en aide aux insurgés, ne serait-ce que par l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne. « Je souhaite que nous envoyions aujourd’hui un signal d’unité, car diviser pour régner ne servirait que Kadhafi », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel. « Il faut que ce soit clair: quelqu’un qui fait la guerre contre son propre peuple ne peut pas être un partenaire de discussions pour l’Union européenne. C’est pourquoi nous réclamons la démission immédiate de Kadhafi. Et nous allons tout faire pour donner un signal d’unité », a-t-elle insisté. Son ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, s’est montré lui très prudent sur la question d’une éventuelle reconnaissance du CNT. Quant à la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, elle a annoncé qu’un plan en vue d’établir une possible zone d’exclusion aérienne serait présenté le 15 mars à l’Otan.
A Tripoli, le colonel Kadhafi a répondu que si « l’Europe n’appuie pas et ignore le rôle actif de la Libye dans la lutte contre l’immigration, celle-ci sera obligée de se retirer des efforts de lutte contre le terrorisme et de changer complètement sa politique envers Al-Qaïda ». par ailleurs, les 28 ministres de l’Otan ont posé 3 conditions à la mise en œuvre par les alliés d’une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye. D’abord que la nécessité d’une action alliée soit démontrée, ensuite que les pays de la région en soutiennent le principe et enfin qu’il y ait une base légale, c’est-à-dire à priori une résolution de l’ONU.
Le secrétaire général de l’Otan Rasmussen nie que des divergences politiques aient pu retarder toute décision sur cette zone d’exclusion. Il pointe surtout la nécessité du consensus international : «Nous avons pris une décision par consensus d’autoriser les militaires de faire la planification nécessaire pour toute éventualité. C’est une organisation unie qui a pris cette décision. Nous avons aujourd’hui, une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette résolution n’inclut pas l’utilisation de la force des armes». Dans ce qui sera sans doute qualifié de demi-mesure par les tenants d’une action immédiate, les alliés ont décidé pour l’instant d’activer la préparation de l’aide humanitaire et de renforcer la présence maritime de l’Otan au large de la Libye. Un plan en vue d’établir une possible zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye sera présenté le 15 mars à l’Otan, a annoncé la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton.
De son côté, l’Union africaine réunie à Addis-Abéba a réaffirmé «son rejet de toute forme d’intervention militaire étrangère». Par ailleurs, l’UA « condamne fermement l’usage disproportionnée de la force».