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Mémoires de Chadli : Ben Bella avait avivé le conflit entre Chaâbani et Boumediène

الشروق أونلاين
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Mémoires de Chadli : Ben Bella avait avivé le conflit entre Chaâbani et Boumediène

Dans cette première partie du Tome 1 des mémoires de Chadli, celui-ci revenait sur l’affaire dite « Chaâbani », Amirouche, sa relation avec Boumediène ainsi que l’enterrement de Frantz Fanon.

Rébellion de Chaâbani

Parmi les conflits survenus au lendemain de l’Indépendance, il m’appartient, en tant qu’acteur ayant avorté la rébellion, de porter un témoignage sur ce qui est connu de «rébellion de Chaâbani , qui est en vérité victime d’une conspiration.

S’agissant du conflit opposant Chaâbani et Boumediène, a commencé lorsque ce dernier avait confié la mission de gestion des centres sensibles du ministère de la Défense nationale à des officiers ayant fui l’armée française.

Chaâbani qui était chef de Région militaire IV, les considère comme étant une troisième force et un sérieux danger pour la Révolution.

Du coup, des informations circulaient sur l’intention de Ben Bella de remplacer Chaâbani par Amar Mellah à la tête de la Région militaire IV.

Convoqué à Alger par Benbella, Chaâbani a refusé d’être nommé membre du Bureau politique de FLN.

C’est là, que la crise entre Chaâbani et Ben Bella a pris des proportions alarmantes n’ayant aucune issue, malgré la médiation de plusieurs politiques et militaires.

Beaucoup croient, à l’instar d’ailleurs des amis de Chaâbani, que Boumediène manifestait une haine sans nom à l’égard du colonel Chaâbani, en le considérant comme un véritable rival dans le commandement de l’armée algérienne, et c’était lui qui l’avait encerclé à Biskra, qui avait mis en place le tribunal militaire qui avait condamné Chaâbani à la peine de mort.

Tous ces faits sont en vérité faux. Boumediène avait d’ailleurs expliqué son attitude vis-à-vis de cette affaire au journaliste égyptien, Lotfi El Khouli en confiant que: «C’était Ben Bella qui a amené Chaâbani à cette fin tragique. C’était lui qui, durant toute une année, s’était efforcé d’aviver la crise entre le commandement de l’armée et Chaâbani, chef de la Région militaire IV. Par la suite, les deux colonels Chaâbani, Zebiri et moi-même étions désignés membres du Bureau politique du FLN et étions tous responsables du commandement de l’armée.En vertu de cette décision, Ben Bella a voulu mettre fin au règne de Chaâbani à la tête de ladite région militaire. Cependant, ayant découvert la conjuration complotée par Ben Bella, Chaâbani a refusé de rejoindre le Bureau politique du FLN ».

C’était la version de Boumediène, mais moi-même, je me sens dans l’obligation de porter un témoignage sur ces événements, dont j’étais une partie de la tragédie nationale.

En vérité, c’était Ahmed Ben Bella qui avait monté Chaâbani contre Boumediène, qui n’a jamais cessé de comploter, nous qui l’avons désigné à diriger les affaires du pays.

Ben Bella a voulu toujours semer de la zizanie entre nous.

Chaâbani était l’adjoint de Zebiri qui est aux côtés de Bensalem et du colonel Abbas, mais Chaâbani a été, sans doute, ambitieux vu son jeune âge.

Chaâbani a manifesté sa rébellion dans des circonstances ambigües, au moment où l’Algérie n’avait pas encore cicatrisé les plaies de la guerre, et confrontée à de sérieux problèmes que nous avons hérités de l’ère coloniale.

Après avoir ressenti la rébellion de Chaâbani, Boumediène m’a appelé au téléphone d’occuper la Région militaire IV, dont Chaâbani était le chef.

Il a été décidé de mettre fin à tout prix, à cette rébellion qui menaçait de déchirer les rangs du pays, en élaborant un plan, en m’annonçant que Amar Mellah serait envoyé dans ladite région militaire.

Quant à moi, j’ai été chargé d’effectuer l’opération et de coordonner avec d’autres forces ayant pris part, dont à mes côtés, Mohamed Atailia.

Toutes ces instructions m’ont été adressées par le biais d’une correspondance, sans que je sache que Chaâbani aurait appris d’un des responsables de Biskra de l’opération.

En revanche, Chaâbani s’est préparé pour avorter notre plan.

Heureusement, je n’ai pas appliqué les instructions à la lettre, et j’ai agi de manière bien réfléchie. J’ai enrôlé dans mes troupes, le 17e bataillon de Barika, qui était le mieux équipé et le mieux entraîné, et ai donné des instructions au chef de ce bataillon de ne pas entrer Biskra avant notre arrivée.

Je l’ai ordonné également de se positionner aux abords de ladite ville.

Arrivés à Biskra, armés de chars, j’ai demandé aux militaires de ne pas ouvrir le feu. Nous avons ensuite encerclé les rebelles dirigés par Chaâbani, qui n’a pas cru ses yeux, en se voyant assiégés et que ses soldats, les plus fidèles, l’ont laissé en regagnant leurs casernes.

Une fois arrivés aux casernes où s’étaient réfugiés les soldats de Chaâbani, ces derniers s’étaient rendus sans manifester aucune résistance.

Quant à Chaâbani, il a fui pour Boussaâda où il a demandé refuge à son ami Said Abid, le 8 juillet 1964.

Rencontre avec Amirouche

J’ai rencontré Amirouche dans le magasin de Ahmed Lekbayli, à Souk El Arbiaâ, après être entré en Tunisie en novembre 1956, en échouant d’améliorer la situation détériorée aux Aurès.

J’ai gardé en ma mémoire, l’image de cet homme à grande de taille, à une grande forme et à un regard perçant enveloppé dans sa kechabia.

Amirouche veillait beaucoup sur l’unification des rangs des moudjahidine, lui qui avait assuré la médiation dans la Wilaya I historique ainsi qu’en Tunisie.

En 1959, alors qu’il était en route vers Tunis, en vue de clarifier les choses avec le GPRA, Amirouche et Si El Houas ont été tués, dans des conditions ambigües, au Djebel Sidi Thameur.

Après être arrivé au pouvoir, c’était moi qui ait ordonné d’extraire les corps de Amirouche et de Si El Houas d’un sous-sol pour les enterrer finalement dans le carré des Martyrs à El-Alia.

L’enterrement de Frantz Fanon

L’essayiste et psychiatre, Frantz Fanon a été inhumé à Sidi Trad, dans la wilaya de El Tarf. Une vérité que beaucoup veulent la cacher, voire même dans les colloques organisés, ou lors des hommages rendus à ce psychiatre qui a épousé la cause algérienne. Il a travaillé aux côtés de Abane Ramdane et a remarquablement parlé de la Révolution algérienne dans ses œuvres et à travers son passage en Afrique, en tant qu’ambassadeur du GPRA.

Atteint d’une «leucémie», Fanon décède en décembre 1961 à Washington.

Je ne suis pas sûr, s’il y avait une éventuelle implication entre des Français et Américains pour ne pas soigner Frantz Fanon.

Avant sa mort, il avait laissé un testament chez ses amis, leur demandant qu’il soit enterré au cimetière des Martyrs en Algérie.

Lorsqu’il est décédé, sa dépouille a été rapatriée en Tunisie, au moment où le GPRA avait cherché où se trouvait le cimetière des Martyrs, mais en vain.

La première semaine de décembre 1961, le lieutenant Aït Sidi Mohamed, m’a appelé se demandant s’il y a un cimetière des Martyrs au nord de Aliat.

Je lui ai répondu qu’on inhume nos martyrs au cimetière Sifana, situé au sud de Sidi Trad, où nous avions effectivement enterré 12 martyrs carbonisés par des raids de l’armée de l’occupation.

Cependant, au lieu de récupérer son corps et l’enterrer discrètement, le GPRA a annoncé la mort de Frantz Fanon, et que son enterrement serait au cimetière des Martyrs en Algérie.

Une annonce qui nous a causé pas mal de problèmes, où la France, a dès qu’elle a appris la nouvelle a envoyé deux avions de type « B 26 », survolant la frontière de la région connue sous le nom « No man’s land » s’apprêtant à lancer des roquettes.

Nous avons creusé la tombe de Fanon dans la nuit. Le lendemain, une délégation du GPRA est venue à Oued Beghla en amenant avec eux le corps de Fanon. Il y avait parmi la délégation, Mohamed Seghir Nekkache, responsable de la Santé à l’ALN, les deux médecins Yakoubi et Bounefa, une représentante de la Croix-Rouge Internationale (CRI) ainsi que deux journalistes yougoslaves.

J’ai été étonné lorsque des membres de la délégation voulaient prendre des photos, devant le cercueil de Fanon. Une fois arrivés à la frontière, je leur ai dit ne pas pouvoir de prendre des risques, eux qui ignoraient le danger qui régnait dans la région, notamment que les avions « B 26 » continuaient à survoler le ciel de la frontière, qui étaient prêts à nos bombarder à chaque instant.

Nous avons enterré le corps l’auteur de « Les Damnés de la Terre » à Sifana, avant d’être exhumé pour être inhumé en 1965 au cimetière des Martyrs à Aïn El Karma.

A Jijel

Au moment où les bataillons relevant du Commandement général à Boussaâda s’apprêtaient à prendre la route vers Alger, Boumediène m’avait confié la mission de préparer le reste des bataillons ainsi que deux autres bataillons de la Wiaya II pour se diriger vers Jijel.

Entrés à Jijel, Larbi Bardjem et moi, nous avions installé un campement de six bataillons dans les hauteurs de la ville et le 17e bataillon dans les monts de Texana.

D’ailleurs, les habitants de ladite ville étaient étonnés en constatant que leur ville est assiégée entièrement. Nous étions dans un état d’alerte, tout en continuant de parcourir vers Souk El Tenine, à la frontière avec la Wilaya III historique.

Boumediène m’a confié la mission d’isoler la Wilaya III, de crainte d’une alliance entre Krim Belkacem et les soldats de la Wilaya IV dirigée par Mohamed Boudiaf, qui pourrait envahir la capitale. Ma mission était d’occuper les bases de Tizi Ouzou et de Béjaïa et rentrer ainsi à Alger, si les soldats de la Wilaya III se dirigeaient vers elle.

Par la suite, un accord a été signé par Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf et Mohand Oulhadj d’un côté, et entre Ben Bella et les officiers de l’état-major général (EMG), connu sous le nom de «Groupe de Tlemcen», d’un autre.

Toutefois, Mohand Oulhadj a joué un rôle très important en parvenant à calmer les esprits, en proclamant le Bureau politique du FLN, comme étant la plus haute instance politique du pays.

Du coup, Boumediène m’a appelé et informé du contenu de l’accord et du retrait des soldats de la Wilaya IV de la capitale.

La crise qui s’aggrave de plus en plus, a dépêché les forces des Wilayas I, II, V et VI de se diriger vers Alger.

Après cinq jours, où des frères s’entretuaient, les soldats de l’EMG à leur tête Boumediène sont entrés triomphants à la capitale.

C’est là, que commençait une nouvelle ère pleine de crises et de tragédies.

La profonde crise de l’été 1962 qui a éclaté lorsque l’armée de l’EMG est entrée le 9 septembre à la capitale, a failli amener le pays à une guerre civile sans nom.

«Sept ans barakat», a eu un impact positif en évitant au pays d’autres effusions de sang, au lendemain de l’Indépendance.

Nous avons profondément regretté que des innocents tombaient dans des conflits entre les soldats de l’EMG et ceux de la Wilaya IV. Il a fallu mettre fin à ces combats, même en faisant usage de la force, livrés par des personnes motivées par des appétits aveugles sans autant faire appel au raisonnement.

L’EMG était en vérité la première force, ayant la pouvoir de mettre fin au conflit, en égard de la discipline de ses soldats.

L’EMG qui a été appuyé par 24 000 soldats, les Wilayas I, V et VI a évité au pays d’autres effusions de sang.

En septembre 1962, le premier gouvernement algérien post-indépendance a vu le jour présidé par Ben Bella, dont Boumediène s’est emparé de 5 portefeuilles, en se maintenant également à son poste du ministre de la Défense. Ben Bella a hésité au départ..

Ben Bella aurait hésité de prendre ce poste, de crainte d’être considéré par ses opposants et par l’opinion publique comme étant une personne manipulée par l’EMG, notamment par ses opposants à savoir Aït Ahmed et Boudiaf qui l’accusaient de se pencher vers le « zaïmisme ».

Après plusieurs rencontres dans une villa à Tlemcen, Boumediène a réussi à convaincre Ben Bella de prendre les règnes du pays, après s’être engagé à préserver la sécurité et la stabilité du pays.

Le premier des soucis de Boumediène, était de transformer l’armée algérienne, d’une armée composée essentiellement d’anciens moudjahidine à une armée régulière moderne.

Les officiers ayant fui l’armée française ont été confiés de gérer les affaires des directions de planification, des finances, d’armements qui ont été mises en places, tandis que les anciens moudjahidine (officiers) ont assuré la mission de gérer des régions et des unités militaires.

Des désignations qui ont par la suite donné lieu à un clivage au sein de l’appareil militaire, dont les moudjahidine ne faisaient plus confiance aux officiers ayant fui l’armée française, lesquels n’ont rejoint la Révolution qu’à la dernière minute.

Mais, la sagesse de Boumediène lui a permis de surmonter la crise.

J’ai eu de l’occasion de découvrir des expériences des autres peuples, qui m’ont beaucoup aidé dans ma carrière en tant que leader militaire et politique.

Il s’agit des pays comme la Chine, l’Égypte, le Maroc, Cuba, l’union soviétique, la Tchécoslovaquie et l’Ouganda que j’ai eu l’occasion de visiter, soit en tant que représentant du président Boumediène soit en tant que représentant du Conseil de la Révolution.

Ce que je retiens à ce jour de mes visites, la rencontre avec Mao-Tse-Toung et de Djamel Abdanasser.

Ma première visite à l’étranger, était en Chine en octobre 1963, lorsque l’ai été désigné par Boumediène à la tête d’une délégation militaire, alors que le ministre d’Etat, Amar Ouzegane était à la tête d’une délégation civile, pour assister aux célébrations du 29e anniversaire de la «Longue Marche ».

Au siège du ministère de la Défense, j’avais demandé à Boumediène: «Pourquoi ne partez-vous pas en Chine, vous qui êtes invité ? », et m’a répondu en arabe dialectal: «Lâab Rah Baâchana» (conspiration contre nous). J’ai vite déduis qu’il voulait dire craindre Ben Bella.

«Tout porte à la crainte», m’a-t- il encore confié.

Boumediène redoutait que Ben Bella, en son absence, le limoge, de son poste de président du Conseil du gouvernement et de ministre de la Défense.

Comme il n’y avait pas une ligne reliant Alger/Pékin, nous étions contraints de faire une escale à Paris. Mais, à notre arrivée à l’aéroport d’Orly, la PAF de cet aéroport français nous ont enlevés nos passeports sans nous les rendre.

Je me souviens de l’accueil qui nous a été réservé par Mao-Tse-Toung et de ce qu’il m’avait dit ce jour-là: « Vous êtes un grand peuple, et vous avez un très beau pays ».

J’ai connu Boumediène en février 1960, alors qu’il a été désigné lors de la 2e session du Conseil de la Révolution tenue à Tripoli, à la tête de l’état-major-général (EMG).

5 décennies après, je garde la première image de lui

Il était maigre, de grande de taille et consommait trop de tabac.

Modeste, et bien que qu’il ait des traits de quelqu’un d’exigeant, il était timide.

C’était quelqu’un de réservé qui écoutait beaucoup et parlait peu et ne prenait jamais de décision avec précipitation sans consulter ses plus proches.

Cependant, il était très stricte en ce qui concerne notamment les décisions ayant trait à l’intérêt du pays.

Je dois affirmer aujourd’hui, que nous assumions tous les décisions prises par Boumediène, qu’elles soient positives ou négatives, car lui en vérité ne prenait jamais de décisions en solo.

En somme, il consultait beaucoup le groupe d’ «Oujda», les chefs des régions militaires ainsi que les officiers qui avaient fui l’armée française.

Je crois que Boumediène avait voulu ,de par sa politique, créer un certain équilibre au sommet de l’État.

A suivre…

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