Mouammar Kadhafi s’est-il allié aux islamistes ?
Dans une interview au New York Times, le fils Kadhafi déclare avoir scellé un pacte avec le chef d’un groupe d’islamistes de l’est de la Libye, pour combattre l’opposition laïque. L’information n’a pas été confirmée par l’intéressé. Jusqu’ici, Kadhafi s’est toujours battu contre les groupes djihadistes.
Selon le New York Times, Ali Sallabi a reconnu avoir discuté avec Seif al-Islam, sans toutefois conformer avoir scellé un pacte avec le camp Kadhafi.
Habitué des costumes-cravates, le fils Kadhafi qui parle couramment anglais est apparu cette fois vêtu de l’habit traditionnel, arborant une barbe broussailleuse. Il égrenait un chapelet. Pour certains observateurs, cette sortie constituerait en réalité une manœuvre visant à exploiter la confusion qui règne au sein du CNT, depuis l’assassinat dans des circonstances troubles du chef d’état major de son armée, le général Abdel Fatah Younès.
Un passé d’anti-islamistes
Cependant, si Mouammar Kadhafi se rapprochait effectivement des islamistes, cela constituerait un changement radical dans sa stratégie politique. Car peu après sa prise de pouvoir en 1969, le dirigeant prend ses distances vis-à vis des chefs religieux et engage une lutte féroce contre les islamistes. Un combat qui entraine la radicalisation de ceux-ci et aboutit, à l’orée des années 1990, à l’apparition des mouvements djihadistes concurrents des Frères musulmans, comme le Groupe islamique de combat libyen (GICL), qui a fait allégeance, en 2007, à Al Qaïda. La conception de l’islam de Kadhafi est alors très éloignée de celle des fondamentalistes. Notamment au sujet des femmes. Il leur ouvre l’accès à l’éducation, les enrôle dans l’armée et affecte certaines d’entre elles, les amazones, à sa garde personnelle. Il limite la polygamie. Lorsqu’il entame la normalisation de ses rapports avec l’occident il y a onze ans, il se présente comme le parangon de la lutte contre l’extrémisme religieux dans le Maghreb, même s’il ne cesse d’utiliser la lutte contre le terrorisme pour faire chanter l’occident et justifier sa mainmise sur la Libye.
Serait-il prêt, pour conserver son pouvoir vacillant, d’embrasser ses ennemis d’hier ?