« Nous possédons un cheptel de 21 millions de têtes de bétail et nous aspirons à exporter vers l’Algérie »
À l’occasion du 30ᵉ anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Kazakhstan, Echorouk ouvre une fenêtre sur les perspectives du partenariat entre les deux pays à travers un entretien exclusif avec M. Anouar Bek Akhmetov, ambassadeur de la République du Kazakhstan en Algérie. Il est le premier ambassadeur de son pays à résider de manière permanente en Algérie depuis l’établissement des relations diplomatiques, une étape qui témoigne de la volonté politique commune de hisser la coopération bilatérale à un niveau supérieur.
Dans cet entretien, l’ambassadeur revient sur l’état des relations algéro-kazakhes ainsi que sur les opportunités économiques prometteuses, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’investissement et des transports. Il évoque également les convergences entre les deux pays en matière de politique étrangère et partage sa vision de l’avenir du partenariat bilatéral. Enfin, il présente les contours de la nouvelle étape qu’aborde le Kazakhstan avec l’entrée en vigueur de sa nouvelle Constitution et les réformes politiques et institutionnelles qu’elle consacre, avant d’adresser un message aux Algériens les invitant à découvrir son pays et à renforcer les liens de rapprochement entre les deux peuples.
Excellence, cette année marque le 30ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre le Kazakhstan et l’Algérie. Comment évaluez-vous l’état actuel de nos relations ?
Le Kazakhstan et l’Algérie, respectivement le plus grand pays d’Asie centrale et le plus vaste État d’Afrique, disposent d’atouts comparables : une position géographique stratégique, d’importantes ressources naturelles, une politique étrangère indépendante et une volonté commune de promouvoir la stabilité, le dialogue et le développement durable.
Cette convergence de vues constitue une base solide pour approfondir notre partenariat.
Le 15 mars dernier, nos deux pays ont célébré le 30ᵉ anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. En trois décennies, nous avons construit une relation de confiance, fondée sur le respect mutuel et un dialogue politique régulier.
Une étape importante a été franchie avec la décision du Président de la République du Kazakhstan, Kassym-JomartTokayev, et du Président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, d’ouvrir des ambassades dans les capitales de nos deux pays.
Quels sont aujourd’hui les secteurs les plus prometteurs de la coopération économique ?
Les perspectives sont nombreuses.
L’agriculture constitue déjà un excellent exemple de coopération concrète. En 2025, près de 350 000 tonnes de blé kazakh ont été exportées vers l’Algérie pour une valeur d’environ 93 millions de dollars américains. Ces résultats démontrent qu’il existe un potentiel considérable pour renforcer notre partenariat dans le domaine de la sécurité alimentaire.
Nous souhaitons désormais développer de nouveaux projets dans les technologies agricoles, la sélection végétale, l’agroalimentaire ainsi que dans la production halal.
Nous espérons également pouvoir commencer, dès l’année prochaine, l’exportation de moutons vivants vers l’Algérie. Avec un cheptel de plus de 21 millions de têtes, le Kazakhstan dispose d’un potentiel important pour répondre à la demande du marché algérien tout en respectant les normes halal.
Je vois également d’importantes perspectives dans les domaines des transports, de la logistique, des investissements, de la numérisation ainsi que du tourisme, qui reste encore largement sous-exploité.
Au-delà des perspectives économiques, le Kazakhstan et l’Algérie partagent une même conception des relations internationales. Nos deux pays sont profondément attachés aux principes de la Charte des Nations Unies, au respect de la souveraineté des États, au règlement pacifique des différends et au renforcement du multilatéralisme. Dans un contexte international marqué par de profondes mutations, ces principes demeurent essentiels pour préserver la stabilité et favoriser un développement durable.
Vous êtes en Algérie depuis plusd’un an. Quelle image gardez-vous du pays?
À mon arrivée, j’ai découvert un peuple fier de son histoire, profondément attaché à son identité et animé d’une hospitalité remarquable.
J’ai également découvert un pays résolument tourné vers l’avenir, tout en restant fidèle à ses traditions et à ses valeurs.
Au fil de mes rencontres avec les autorités, les universitaires, les entrepreneurs et les représentants de la société civile, j’ai constaté un véritable intérêt pour le Kazakhstan. Je suis convaincu que le rapprochement entre nos peuples constituera le fondement le plus solide de notre partenariat.
Le Kazakhstan entre aujourd’hui dans une nouvelle étape de son développement avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution. Quelle est la portée de cette réforme ?
Le 1erjuillet 2026 constitue effectivement une date historique pour notre pays.
Depuis plusieurs années, sous l’impulsion du Président Kassym-JomartTokayev, le Kazakhstan mène un vaste programme de réformes politiques, économiques et institutionnelles visant à construire un État plus juste, plus efficace, plus transparent et davantage tourné vers les attentes des citoyens.
La nouvelle Constitution a été approuvée par référendum le 15 mars dernier avec le soutien de 87,15 % des électeurs et un taux de participation de 73,12.
Elle repose sur une nouvelle philosophie de gouvernance fondée sur la Justice, la Loi et l’Ordre, tout en renforçant les garanties des droits fondamentaux, la responsabilité des institutions publiques et l’efficacité de l’État.
Quelles sont les principales innovations introduites par cette nouvelle Constitution ?
La réforme est profonde.
Elle modernise le système de gouvernance autour du principe d’un Président fort, d’un Qurultay (Parlement) influent et d’un Gouvernement responsable.
Elle instaure notamment un mandat présidentiel unique de sept ans, crée une Cour constitutionnelle composée de onze juges, institue un poste de Vice-président et met en place le KhalykKenesi, nouvel organe consultatif chargé de représenter les intérêts du peuple.
La réforme renforce également le rôle des partis politiques, crée un Parlement monocaméral de 145 députés – Qurultay, inscrit la protection de l’environnement parmi les priorités constitutionnelles, garantit l’enseignement secondaire gratuit, protège explicitement les données personnelles et consacre l’abolition totale de la peine de mort.
Il s’agit d’une réforme globale qui adapte nos institutions aux exigences du Kazakhstan moderne.
Quelles seront les prochaines étapes de ce processus ?
Après l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution, le Kazakhstan organisera des élections législatives. Le nouveau Qurultay entrera en fonction le 1er septembre et procédera à la formation du nouveau Gouvernement.
Cette séquence ouvrira une nouvelle étape du développement politique de notre pays.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’Algérie connaîtra également une importante séquence électorale au cours du mois de juillet. Cette concomitance crée un contexte favorable à un dialogue encore plus étroit entre nos deux pays.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux lecteurs algériens ?
Je voudrais avant tout les inviter à découvrir le Kazakhstan.
Notre pays est souvent connu pour son immense territoire, mais il est aussi une nation moderne, ouverte sur le monde, riche d’une histoire millénaire, d’une culture originale et de paysages exceptionnels.
Je suis convaincu que le Kazakhstan et l’Algérie ont tous les atouts pour développer un partenariat durable, fondé sur la confiance, le respect mutuel et des intérêts communs.
Les trente premières années de nos relations diplomatiques ont permis de bâtir une base solide. Les trente prochaines devront être celles des grands projets communs, du rapprochement entre nos peuples et d’une coopération toujours plus ambitieuse.