Parti Al Wahda marocain: Référence explicite au Likoud israélien
Le processus de normalisation entre le Maroc et Israël dépasse désormais les accords diplomatiques, économiques et sécuritaires pour toucher le paysage politique et institutionnel marocain. Cela soulève de vives interrogations sur les limites de cette ouverture, l’avenir de l’identité nationale et la souveraineté des choix politiques du pays.
Dernier fait en date : un document daté du 31 octobre 2026, adressé au ministre de l’Intérieur marocain, révèle qu’un citoyen nommé Lahcen Benmassoud a déposé un dossier pour fonder un parti politique baptisé « Parti de l’Unité aux Fondements Démocratiques et à la Référence Juive », s’octroyant le nom hébreu de « Likoud » (le même que celui du parti au pouvoir en Israël). Bien que la commission fondatrice s’appuie sur la Constitution marocaine et la loi organique relative aux partis politiques, le document ne mentionne aucune autorisation officielle à ce jour.
Cette initiative s’inscrit ouvertement dans la continuité de la normalisation. Le texte fondateur évoque notamment :
Le communiqué du Cabinet royal du 10 décembre 2020 (faisant suite à la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental).
L’accord trilatéral Maroc-USA-Israël du 22 décembre 2020.
Les visites au Maroc en 2023 de responsables israéliens d’origine marocaine (Miri Regev et Amir Ohana).
Le discours royal de 2019 sur la coexistence religieuse et le statut du Roi en tant que Commandeur des croyants, auquel le parti proclame sa totale allégeance.
Selon ses initiateurs, ce projet vise à renforcer l’unité nationale, à mobiliser la diaspora (en particulier les Juifs d’origine marocaine) et à consolider les liens extérieurs. Cependant, le choix du nom « Likoud » confère à cette démarche une dimension hautement politique et polémique, interrogeant directement le lien entre cette référence religieuse locale et un parti israélien connu pour ses positions tranchées sur la question palestinienne.
Des relations diplomatiques à l’influence institutionnelle
Depuis la reprise des relations maroco-israéliennes en décembre 2020, la coopération s’est étendue à l’économie, à la technologie ainsi qu’aux domaines sécuritaire et militaire. Ce processus suscite toutefois une vive opposition de la part de forces politiques, civiles et populaires marocaines, fermement opposées à tout rapprochement avec l’entité sioniste en raison de la poursuite de l’occupation des territoires palestiniens.
Aujourd’hui, l’initiative de créer un parti d’inspiration juive déplace le débat : les effets de la normalisation ne se limitent plus aux accords intergouvernementaux, mais pénètrent la scène politique intérieure. Cela pose la question de l’introduction de nouvelles références dans la vie partisane, de leur impact sur le débat public et des frontières entre l’appartenance nationale et les affiliations politiques transnationales.
Plus qu’une simple annonce, cette démarche révèle l’extension d’une influence israélienne au sein même des institutions et de la vie politique marocaine. Elle impose à l’opinion publique d’interroger la nature de ce projet, ses fondements, ses positions régionales et le degré d’indépendance de ses choix politiques.