Français

«Pilotes» sans baccalauréat à Tassili Airlines !

الشروق أونلاين
  • 11708
  • 10
Echorouk
Affaire en justice

Des documents en possession d’Echorouk ont révélé des sélections illégales des pilotes stagiaires au sein de Tassili Airlines (TAL), relevant du groupe Sonatrach, les violations des lois dans la gestion de la compagnie, la falsification des certificats médicaux pour permettre à des enfants de responsables de Sonatrach de bénéficier d’un stage de formation à l’étranger.

La compagnie détournée de ses missions initiales

Les mêmes documents ont révélé que la compagnie aérienne TAL relevant de Sonatrach, créée en 2011,  pour assurer le transport des ouvriers vers les gisements de pétrole et de gaz au sud du pays, assurer le service agricole et désenclaver les régions du Sud. La compagnie est devenue, en 2005, filiale à 100% de Sonatrach qui a consacré un capital estimé à 800 millions de dinars pour sa création. Au bout de quelque temps, selon les documents dont dispose la rédaction, la compagnie a été détournée de ses missions pour se consacrer à la formation des pilotes stagiaires et transférer le capital de Sonatrach à l’étranger à travers des conventions paraphées avec la Serbie pour la formation des pilotes stagiaires, sélectionnés par voie d’un concours national.  

La compagnie recruta des enfants de responsables ayant eu des moyennes inférieures à 5/20

Tout a commencé lorsqu’il a été annoncé ,en 2009, un concours de sélection de 48 pilotes stagiaires sur 1.000 participants.

Les critères d’éligibilité à la sélection de pilotes stagiaires sont: avoir moins de 27 ans à la date du concours, avoir un baccalauréat dans les filières mathématiques ou sciences en sus de deux années d’université, satisfaire aux aptitudes médicales et mentales, être libre de tout engagement (Service national) et ne pas être déclaré inapte pour raison médicale et un certificat médical attestant le poids.

Des conditions qui n’ont pas été respectées, selon les documents qui montrent que des candidats sont admis avec des moyennes inférieures à 5/20, voire 2.44/20, d’autres sans même passer le concours, certains ont un niveau d’instruction inférieur au Bac, dont une personne recrutée dont le niveau d’instruction est 2e AS et  détenteur du baccalauréat.

Le document montre également une liste d’enfants de responsables de Sonatrach recrutés non pour leurs compétences ou leur niveau d’instruction mais pour leurs influences, ce qui témoigne de la violation des règles régissant le concours, dont celui-ci n’est en réalité qu’une formalité. D’ailleurs, parmi les 48 retenus sur 1.000 candidats, huit d’entre eux n’ont pas passé le concours et n’ont pas de baccalauréat.

Le scandale des pilotes stagiaires abandonnés en Serbie

Selon les plaintes déposées par le chef d’évacuation sanitaire aérienne, Hassiane Kordoli, un deal a été signé pour le transfert de l’argent de Sonatrach à l’étranger, à travers un marché pour la formation de pilotes stagiaires algériens en Serbie. Cette dernière a mis l’Algérie dans l’embarras lorsqu’elle a renvoyé des pilotes qui n’ont pas reçu une bourse évaluée à près de 60.000 euros. Selon le même document, le médecin légiste a été contacté le 5 novembre 2012 pour valider une expertise médicale de dix pilotes renvoyés de la Serbie pour des raisons médicales. Le médecin a refusé d’emblée l’idée de valider un rapport falsifié sans examiner les pilotes en question, enfants de responsables et personnages influents. Des pressions ont été exercées sur le médecin pour donner crédit à un deal mystérieux. En réaction, il a décidé de porter plusieurs plaintes pour corruption et le deal pour la formation de pilotes stagiaires en Serbie.

Plaintes contre l’expert ayant refusé la «falsification»

Dans le même sillage, Hassiane Kordoli, selon le même document, a interpellé, parallèlement à l’ouverture d’une enquête au niveau du ministère des Transports sur la même affaire, le ministre de la Justice à rouvrir le dossier lié au faux, à l’usage de faux, l’escroquerie et le transfert d’argent de la mutuelle.

Campant sur sa position, le ministre a également subi des pressions de certains étudiants qui, selon lui, seraient appuyés sur leurs influences au ministère de l’Energie et à la Sonatrach. Sa position lui a valu ensuite son poste car le directeur des ressources humaines a décidé de le limoger et le remplacer par son fils lui aussi pilote sans passer le concours, d’après Kordoli.

En date du 4 janvier 2015, il a adressé une lettre au ministre des Transports l’interpellant à enquêter sur l’affaire. En plus des pressions dont il a fait l’objet, il a été démis de ses fonctions depuis 17 mois sans autant toucher son salaire et son bureau a été saccagé. Une décision qui est en contradiction flagrante avec l’instruction de Sonatrach, qui interdit tout limogeage sans rapport et consentement du Pdg de Sontrach qui le recrute et non pas par le DRH.  De plus, il est poursuivi en justice par un stagiaire occupant le poste de président du syndicat, lui qui, selon lui, ne peut devenir pilote car il est âgé de plus de 27 ans à la date du concours.

Expert judiciaire en aviation: «Un scandale sur lequel il ne faut pas se taire»

Le pilote et expert judiciaire en accidents, Zerrouk Mohamed-Redouane s’est dit choqué en consultant le dossier et les plaintes déposées, ajoutant qu’il y a une violation flagrante du code de l’aviation civile et la règlementation de la navigation aérienne, notamment en ce qui concerne la visite médicale et la falsification des certificats médicaux, d’autant plus que la bonne santé du pilote est le facteur le plus important pour préserver la sécurité des passagers.  

M.Zerrouk a ajouté, dans une déclaration à Echorouk, que l’expertise médicale devait être effectuée par une commission neutre et spécialisé et que le recours à des certificats médicaux falsifiés pour bénéficier d’un poste de pilote est un crime.   

مقالات ذات صلة