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Stora: “Plus les jours passent, moins on croit au retour de Bouteflika”

الشروق أونلاين
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Pour Benjamin Stora,l’Algérie est devenue la salle d’attente d’un président Bouteflika hospitalisé en France depuis six semaines.

Benjamin Stora, historien, spécialiste de l’Algérie,a mis en exergue la santé du président Abdelaziz Bouteflika,sur les ondes de la radio française Europe 1. Ses principales déclarations :

Qui dirige l’Algérie ?

“Officiellement c’est Abdelaziz Bouteflika, puisqu’il reçoit dans sa chambre à Paris son chef d’état-major et son Premier ministre… Pour la presse officielle et la télévision, Abdelaziz Bouteflika dirige ce pays. Voilà 47 jours qu’il a quitté l’Algérie, bien plus qu’en 2005, 4 semaines à l’époque, ça commence à faire long. Comme le dit un éditorialiste célèbre de la presse algérienne dans le Quotidien d’Oran : l’Algérie est devenue la salle d’attente dont la chambre du malade se trouve à Paris. Ce qui pose des questions très graves pour la classe politique algérienne et pour la société elle-même…”

C’est pour cela que les autorités ont communiqué hier ?

“Il commence à y avoir une série de protestations, de critiques, de dessins satiriques… Cette absence prolongée d’un chef d’Etat en exercice qui dirige son pays depuis l’étranger, dans un pays où la fibre nationaliste est très forte, très vive, ne manque pas de poser des questions…”

Sommes-nous dans une transition ?

“A la lecture d’une grande partie de la presse algérienne, les supputations ont commencé. Plus personne à ma connaissance ne parle d’un 4ème mandat possible pour Bouteflika. Plusieurs personnages se préparent plus ou moins activement dans l’ombre… Benflis, Benbitour… Certains dans les cercles périphériques de l’armée font campagne pour Zeroual, chef d’Etat entre 1994 et 1999…”

Il y a un risque pour ce pays…

“Oui, car même si le système continue de diriger, il y a la valeur symbolique. Oui [c’est quasiment une vacance du pouvoir]. Quand Erdogan est allé à Alger, il n’a pas pu être accueilli par Bouteflika. Pourtant, c’était considéré comme une sorte de seuil : le président devait faire sa réapparition, il ne l’a pas fait. Pour un nombre de plus en plus important d’Algériens, cela s’apparente à une vacance du pouvoir.”

Comment expliquer cette phrase de Mohamed Mechati, qui appelle l’armée à agir vite face au vide politique ?

“Il est peu connu en France mais bien connu en Algérie, c’est un membre du groupe des 22. Il y a eu un certain nombre d’appels de personnalités, de politiques, d’intellectuels, disant qu’il ne faut plus considérer que ce pays est dirigé par un chef d’état en exercice. Cela crée une situation tout à fait inédite. Comme l’armée joue un rôle important en Algérie, malgré son retrait officiel… Ce n’est pas un appel au coup d’Etat. En Algérie, on fonctionne par une sorte de consensus politique entre différents clans, sur les plans politiques, économiques, militaires… Il y a cette recherche de consensus.”

Pourrait-on appliquer la procédure d’empêchement comme aux États-Unis ?

“C’est une des hypothèses posées dans la presse, l’article 88, procédure visant à empêcher… Mais pour l’instant c’est encore au stade de l’hypothèse. Tout le monde pense à 2005 : Bouteflika avait fait sa réapparition tout à coup après une très longue absence. Là, plus les jours passent, moins on y croit.”

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