Syrie: l'opposition syrienne s'organise
Plus de cent jours après le début de la contestation, les manifestations continuent dans tout le pays. La course contre le régime alaouite conduit les opposants à se réunir au sein d' un Comité national pour le changement démocratique.
Cette annonce suit une réunion historique d’opposants du régime à Damas ce lundi. Considérée comme historique, cette réunion avait rassemblé de nombreux intellectuels dans un hôtel de la Capitale, pour envisager une alternative à la crise politique actuelle en Syrie et appeler à “la poursuite du soulèvement pacifique.” Les deux rassemblements, proches dans le temps, répondent à un manque d’organisation, observé à maintes reprises au sein de l’opposition syrienne. Divisée régionalement et communautairement, l’opposition syrienne manque de leaders, d’un héraut, portant la voix de l’opposition au régime Assad.
Toutefois ce sont bien des voix qui s’expriment pour contester le régime et diffuser le peu d’informations que les médias reprennent.
Les partis politiques
De nombreux partis politiques, comme les partis de gauche, le parti communiste et 11 parties kurdes, ont réussi à converger via le comité national créé ce jeudi. Depuis le début de la contestation, les partis se réunissaient dans l’adversité au gré des congrès, dont le dernier en date est celui organisé à Antalya en Turquie. Plus de 300 délégués faisaient alors figure “d’opposition syrienne”.
Les arrestations de dirigeants de partis ont montré par ailleurs que le régime contrôlait de près les dirigeants des partis d’oppositions, certes divisés mais considérés comme dangereux par le régime. Un dirigeant du parti de l’Union socialiste arrêté à Alep le 28 juin 2011, compte parmi les figures de l’opposition contre le régime Al-Assad.
Zoom sur quelques partis
Le parti communiste, fondé en 1944 s’est souvent allié aux autres partis de gauche, dont celui de l’Union arabe socialiste, dit nassériste. Récemment, le parti communiste syrien a exprimé son soutien aux revendications du peuple syrien pour une démocratisation du pays mais refuse toute ingérence et instrumentalisation étrangères. Le parti a toujours critiqué “l’ingérence américaine” au Moyen-Orient dans la droite ligne du régime. Toutefois, le parti s’opposait à la corruption et aux dérives libérales de l’économie syrienne.
Les Kurdes, qui représentent quelque 10% de la population et vivent essentiellement dans le nord-est du pays, sont soumis à une vive discrimination. De nombreux membres ont été détenus au secret ces dernières années. Ils étaient accusés “d’incitation aux luttes de factions”. Un dirigeant du parti kurde du futur (Al-Mostaqbal) a été arrêté au mois de juin à Hassaké, au nord-est du pays.
Le mouvement des Frères musulmans fondé dans les années 1930 était devenu la principale force d’opposition au régime baassiste. Le parti était présent dans les grandes villes du pays, Hama, Homs et Damas. Interdit par le régime alaouite, il a fait l’objet d’une répression très forte, notamment lors du massacre de Hama en 1982. Les Frères musulmans avaient tenté de soulever la population contre le président Hafez el-Assad. L’armée avait durement réprimé cette révolte.
Depuis une trentaine d’années, la confrérie n’est plus une force politique visible en Syrie, mais elle maintient néanmoins un réseau d’appui, depuis Londres ou Chypre. Le 20 juin, son porte parole à Londres, avait réagi au discours de Bachar al-Assad sur BBC Arabic. Il reprochait au président de ne pas avoir évoqué la situation du peuple syrien aujourd’hui et d’évincer “ceux qui demandent la liberté, ceux qui demandent la justice, ceux qui demandent la dignité”. Il évoqua ensuite son espoir de voir à nouveau les Frères musulman autorisés en Syrie.
Le peuple et Facebook
D’autres voix ont émergé au cours de la révolte, plus audibles et plus claires. D’abord celle du peuple syrien, certes divisée, en fonction de l’appartenance communautaire et régionale de chacun, mais les appels et les slogans sont les mêmes, de Damas à Homs en passant par Banias. ” Le peuple veut la chute du système et la perte de la légitimité ”
Les slogans encouragent les peureux à sortir et à défier le régime, jusqu’à sa chute car “le courageux ne vit pas éternellement mais le peureux ne vit pas du tout”, peut-on lire sur la page Facebook “Révolution syrienne contre Assad”.
“Dégage, dégage” ponctue chaque marche organisée tout au long de la semaine et avec force après la prière du vendredi. Les vidéos prises lors des rassemblements montrent une masse, appelée “manifestants” ou “militants pour la démocratie”, qui rend hommage aux “martyrs pour la liberté”.
Les internautes prennent le relais, via les réseaux sociaux, Facebook, Twitter, Youtube. Toute la semaine, des vidéos de manifestations et de répressions violentes circulent et sont alors diffusées, partagées, commentées. Les pages Facebook “Révolution syrienne contre Assad”, “Caricatures de la révolution syrienne”, «Jour de la colère syrienne » (en arabe) et d’autres encore, deviennent l’une des principales sources d’informations des journalistes. Celui qui poste sa vidéo sait qu’il sera lu par ses compatriotes et les médias occidentaux.
Réfugiés et opposition de l’extérieur
Depuis un mois, des Syriens parlent et dévoilent les horreurs de la répression syrienne. Depuis les camps installés en Turquie, les réfugiés racontent leur fuite, la perte d’un proche, de leur maison. Leur présence en Turquie et les mots durs à l’égard du régime sont la preuve même que le régime mate la contestation en envoyant ses chars, comme à Jisr al Choghour le 10 juin 2011.
Les Syriens exilés depuis bien plus longtemps ne manquent pas les occasions de manifester leur soutien à la contestation. Tous les moyens sont bons pour alerter les opinions publiques et les dirigeants politiques. Le 16 juin 2011, une lettre ouverte a été envoyée au président russe Dimitri Medvedev pour appeler la Russie à ses responsabilités. La Russie et la Chine s’opposent au vote d’une résolution du Conseil de sécurité contre le régime syrien.
Une autre figure d’opposition est devenue en quelques mois, la personne systématiquement mentionnée dans les articles sur la révolution syrienne: Rami Abdel Rahman, président de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme(OSDH), située à Londres. Les estimations de blessés et de victimes viennent souvent de Londres, via cette figure de l’opposition maintes fois citée, mais finalement peu connue.