Xavier Driencourt : Les relations algéro-françaises ne sont pas au beau fixe
Les relations franco-algériennes n’ont jamais été aussi tendues qu’aujourd’hui, aggravées par la partie algérienne qui exige que la reconnaissance par la France des crimes perpétrés durant la période coloniale soit la base essentielle pour des relations bilatérales érigées sur la souveraineté avec la partie française qui veut occulter son passé colonial, et par la même renier toute son histoire.
- Dans cette ambiance embrasée par les déclarations de Kouchner sur « la génération de la révolution et celle de l’indépendance », et la polémique autour de l’éventualité de la visite du président Bouteflika en France, le forum d’Echorouk a reçu l’ambassadeur de France pour discuter des dossiers sensibles entre les deux pays dont les relations ne sont pas au beau fixe. Mais la rencontre entre Bouteflika et Sarkozy pourrait effacer beaucoup de divergences.
- L’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt reconnait que la tension, créée par des vides qui ont besoin d’être comblés par des projets économiques et sociaux, ne relève pas des gouvernements et des officiels mais aussi de la société civile car les relations entre les peuples algérien et français ont pris un sens beaucoup plus large.
- L’invité du forum d’Echorouk, dans un exposé sur la réalité des relations franco-algériennes dans son volet politique et du point de vue diplomatique, a indiqué que l’extrême prudence était de mise dans le traitement de ces relations très sensibles, qu’il a comparé au travail de la dentelle qui exige une grande habilité, du doigté et l’acceptation de piqures de temps à autre. Driencourt n’a pas évoqué les dossiers qui paralysent l’assainissement de ce climat de tension et son adoucissement. « Nous devons accomplir une tâche importante et de grands projets pour combler les innombrables lacunes », a-t-il déclaré.
- Le diplomate français a ajouté : « Il ne faut pas considérer les relations du point de vue des échanges commerciaux et économiques ou des liens entre les gouvernements officiels, mais il faut dépasser ces références et ne pas négliger les considérations humaines et aussi la mission de la société civile dans le processus de renforcement des relations qui pourrait emprunter des voies autres que politiques ».
- Notre interlocuteur souligne que ses propos ne veulent pas dire que les autorités des deux états se défassent de leurs responsabilités d’intensification du travail de diplomatie et la projection dans l’avenir d’une résolution de régulariser les dossiers en suspens qui perturbent la courbe des relations franco-algériennes dont la stabilité dépend de la volonté politique des deux pays.
- Xavier Driencourt a déclaré que les autorités françaises, à ce jour, n’avaient pris aucune mesure au niveau des aéroports de Paris. Le contrôle y est tout à fait ordinaire et concerne tous les voyageurs en provenance de pays figurant sur une liste spéciale de renforcement du contrôle. Le diplomate a ajouté que les Affaires étrangères algériennes l’avaient convoqué au même titre que l’ambassadeur des USA, pour lui signifier leur refus de voir l’Algérie portée sur la liste noire, surtout que notre pays a fourni d’énormes efforts dans la lutte contre le terrorisme.
- « J’ai transmis le message à Paris qui a demandé un délai pour étudier la possibilité de satisfaire à la demande algérienne. Et durant cette période, la France a envoyé plusieurs correspondances expliquant que la mesure n’était pas spécifique à l’Algérie », rapporte Driancourt et il poursuit : « Les algériens en sont choqués, et nous, en tant qu’état français, reconnaissons que l’Algérie a lutté courageusement contre le terrorisme sanguinaire, mais nous appliquons des mesures de sécurité seulement, surtout qu’Al-Qaida du Maghreb menace directement la France via ses sites internet ». Il reconnait que les discussions au sujet de la liste noire ne sont pas précises, La France s’exprimant mal sur les mesures qui s’étendront les prochains jours pour toucher d’autres pays. Les informations demandées aux voyageurs actuellement ne sont pas plus contraignantes que par le passé.
- L’invité d’Echorouk a refusé d’examiner la question des pourparlers franco-maliens sur l’otage français Pierre Camat, enlevé le 26 novembre dernier au Mali et détenu par Al-Qaida du Maghreb islamique avant d’être libéré en contrepartie de l’élargissement de 40 terroristes algériens, burkinabais et mauritaniens prisonniers au Mali. Cette affaire, telle une tempête politique a dévoilé des zones d’ombre au Sahel et refroidi tacitement les relations avec le Mali du fait que l’accord de Bamako soit considéré comme une violation des obligations dans le cadre de la lutte anti-terroriste, menaçant la stabilité de la région. Driencourt a avancé qu’il n’était pas qualifié pour discuter les décisions de Nicolas Sarkozy au sujet de Camat.
- Par ailleurs, l’ambassadeur a révélé que les formalités d’obtention de visa d’entrée des algériens en territoire français sont régulièrement actualisées afin de faciliter la circulation des personnes. « Nous œuvrons à améliorer l’accueil et les formalités au bénéfice des demandeurs et à augmenter le nombre de visas. Je ne conteste pas qu’il ait encore des insuffisances, mais les chiffres prouvent que les choses progressent. Le visa Schengen n’a pas donné de résultats qui démontrent que le flux des personnes vers les pays de l’U.E. se réduira ou augmentera à l’avenir », a-t-il déclaré.
- L’ambassadeur a révélé que la France pourrait ne pas participer à la prochaine foire internationale d’Alger, étant beaucoup plus intéressée par les salons et foires spécialisés organisés à longueur d’année. Driencourt a précisé que les entreprises françaises sont convaincus que la FIA est une grande manifestation, mais les opportunités de traiter avec les partenaires algériens sont plus nombreuses lors des salons spécialisés dans différents domaines. Il a indiqué que la France a été le premier investisseur étranger en 2009 avec un apport de 396 millions de dollars représentant 15% des investissements étrangers directs durant la même année. Beaucoup d’établissements financiers et sociétés français, sur un total de 430 qui ont fourni 36 mille postes de travail, préfèrent, selon Driencourt, réinvestir leurs bénéfices en Algérie.