Yves Bonnet sur les moines de Tibhirine: «Je ne relève aucune trace d'impact de balle»
L’ancien responsable de la DST française, Yves Bonnet, a démenti la thèse française selon laquelle les moines de Tibhirine «ont été tués par des tirs d’hélicoptères».
«Il est difficile de soutenir que les autorités algériennes se dérobent à toute explication quand elles manifestent de la sorte leur désir d’ouverture», a souligné Yves Bonnet.
L’ancien patron de la DST française (1982-1985) revient dans son livre intitulé «Le berger de Touggourt» sur l’assassinat des moines de Tibhirine en mars 1996 et confirme que c’est le GIA qui avait assassiné les moines de Tibhirine et révèle avoir reçu une copie du dossier remis à la DST qui, de son côté, a remis une copie au cardinal Jean-Louis Tauran, arrivant à une conclusion qu’ «il est difficile de soutenir que les autorités algériennes se dérobent à toute explication quand elles manifestent de la sorte leur désir d’ouverture».
«Une occasion m’a été offerte de consulter le dossier des moines de Tibhirine au siège du DRS de Blida.
Racontant le voyage qu’il a effectué en Algérie, l’ancien responsable de la DST française a dit: «J’ai eu l’opportunité de prendre connaissance du dossier du monastère de Tibhirine dans les locaux du DRS de Blida. J’avais, en effet, été sollicité par René Guitton, qui connaissait mes entrées en Algérie, et qui souhaitait écrire un livre sur ce douloureux sujet. J’avais accepté et nous étions partis pour Alger où mon ami Smaïn Lamari (l’ancien patron de la Direction du contre-espionnage, DCE, décédé en 2007) m’avait exceptionnellement offert toutes les facilités pour nous faire une opinion fondée.»
«Smaïn Lamari avait poussé l’amitié jusqu’à le (René Guitton) faire accompagner à Blida, Médéa et Tibhirine par un jeune commandant», a-t-il enchaîné, avouant «avoir eu le rare privilège de prendre connaissance du dossier en français».
A son arrivée au monastère, Bonnet s’est dit impressionné. «Nous sommes accompagnés des chefs des postes de ces deux villes, poursuit-il, et je comprends dès l’accueil des quatre moines qui se trouvent dans une sorte de vestibule, que c’est à la présence des Algériens que nous devons d’être admis… ma curiosité se limite aux circonstances de l’intrusion des “frères de la montagne” dans le monastère, compte tenu de la connaissance que nous avons du point de vue algérien».
«Aucune discordance entre les deux versions qui se complètent parfaitement…», estime l’ancien responsable de la DST.
Bonnet est allé jusqu’à contredire la version du général Buchwalter, attaché militaire à l’ambassade de France ayant déclaré que les moines étaient tués par les militaires algériens d’après des informations qu’il avait en sa possession. « […] si une seule tête avait été touchée, je l’aurais forcément remarqué[…]. J’ajoute que ces têtes sont dans un état de présentation convenable comme celui des décapités que j’ai pu voir dans d’autres procédures», indique-t-il avant de défendre l’avis des militaires en ajoutant qu’ «il est rigoureusement impossible que des tirs effectués de haut en bas sur des cibles en position verticale ne touchent aucune des têtes. Ceci indépendamment de l’utilisation qui aurait été faite de roquettes explosives et d’armes automatiques».
«Les enquêteurs peuvent se contenter des photographies qui figurent dans les dossiers. Elles sont de bonne qualité et prises sous plusieurs angles. Il n’y a aucune raison d’en mettre en doute l’authenticité étant donné l’identification facile des visages», propose-t-il.
D’après cet éclairage d’un ancien responsable militaire français, le masque semble à présent tomber en donnant en plus d’une preuve que le GIA avait assassiné les moines de Tibhirine et de couper court aux spéculations faites par certains cercles français à des fins «politiciennes».