Algérie Égypte : Bouteflika et Mobarek feront-ils la paix à Copenhague ?
En dépêchant son conseiller au Caire, Bouteflika fera t-il de Copenhague son terrain de « réconciliation » ?
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« En prenant connaissance de cette invitation, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, m’a instruit à l’effet d’annuler tous mes engagements et de répondre à l’appel de nos frères en Égypte » a tenu à déclarer Abderezak Bara. Le conseiller du président algérien qui se trouve, depuis avant-hier, au Caire, à la suite d’une invitation du vice président du premier Forum permanent de dialogue arabo africain, Boutros Boutros Ghali, traduirait-il le vœu du pouvoir algérien à «renormaliser » les relations avec l’Égypte ? Tout semble militer en faveur de cette thèse de rapprochement. D’autant que des indiscrétions laissent croire la présence attendue des deux présidents, Bouteflika et Mobarek, le 17 décembre à Copenhague. Et rien ne pourrait empêcher les deux chefs d’État de se rencontrer en marge de ce sommet pouvant être favorable à la « réconciliation avec le grand frère». Depuis la dernière sortie médiatique du président Hosni Mobarek devant ses parlementaires et ou il a tenu un langage cru en direction de l’Algérie qui n’a jamais « riposté » officiellement, les deux dirigeants n’ont pas pris langue depuis les incidents survenus lors de la rencontre Egypte-Algerie. Ce qui n’a pas empêché l’Égypte de conditionner le retour de son ambassadeur à Alger. Lundi passé, le ministre égyptien d’État en charge des affaires juridiques, Moufid Chehab avait déclaré que « Nous ne renverrons pas l’ambassadeur d’Égypte en Algérie sauf après des excuses et des dédommagements pour les dégâts subis par les Égyptiens et les intérêts égyptiens ». Cela a été perçu comme la phrase de trop. Et c’est ce qui a laissé la spéculation aller bon train et suscitant même des interrogations au sein de la rue algérienne qui reste farouchement opposée à toute réconciliation. La récente signature d’un protocole d’ accord entre Sonatrach et la société pétrolière égyptienne GPC n’a pas raté de faire jaser, à son tour, bien que les pourparlers remontent à presque deux années et que la conclusion de cet accord aurait pu être reportée, selon bon nombre d’observateurs, mettant le ministre Chekib Khelil dans l’œil du cyclone. Un vent de mécontentement s’est levé pour protester contre cette « union ». L’avis des citoyens est unanime en ce qui concerne l’avenir des relations algero-egyptiennes. Contrairement à l’empressement des politiques à vouloir renouer avec l’Égypte, la rue semble, elle, avoir tranché la question. Pour certains « Le peuple Algérien dans sa majorité rejette la conclusion de tout contrat de coopération avec les deux sociétés Égyptienne. Du point de vue politique c est immoral. Du point de vue économique, ce contrat n apportera rien à l’Algérie ». Pour d’autres « Dorénavant, il faut soumettre toute signature de contrat d une telle importance à la discutions et à l accord du parlement, vrais représentants du peuple.Un Ministre ne doit et ne peut engager l’avenir du pays dans l’inconnu. Le parlement sera dorénavant responsable, donc le peuple, pour engager la responsabilité d une telle décision ». D’autres proposent même « à tous nos députés de mettre à l’ordre du jour la promulgation d une loi constitutionnelle instituant la soumission au parlement de tout projet de contrat engageant l avenir du pays par l entremise d une entreprise nationale, et la discussion après avis des experts des intérêts et des retombées sur l’Algérie. Aucun Ministre ne sera apte à signer un contrat sans l’accord express du Parlement ». Il est vrai que courir deux lièvres à la fois n’a jamais été une bien aisée entreprise et Bouteflika qui a su gagner l’estime de la rue algérienne, sortie scandant le nom de son président, saura t-il capitaliser cette liesse ou pêchera t-il par excès en voulant séduire le monde arabe en tentant de faire ressusciter un moribond panarabisme ?