Benflis: “J’étais en désaccord avec Bouteflika sur la loi sur les hydrocarbures”
Le candidat à la présidentielle de 2014, Ali Benflis a choisi le plateau d’Echorouk TV pour informer l’opinion publique algérienne sur son parcours, ses projets et sur les principaux points de discorde entre lui et le président Bouteflika en 2004.
Dans cette interview qu’il a accordée à Echorouk TV, Ali Benflis a révélé que son différend majeur qui l’opposait à Bouteflika était la loi sur la justice et sur les hydrocarbures. De plus, il est revenu sur un lourd dossier qui a défrayé les chroniques nationale et internationale, à savoir l’affaire Khalifa. Le candidat à la présidentielle s’est dit optimiste de remporter les présidentielles, en affirmant n’être le candidat d’aucun des appareils du pouvoir.
Vous avez dit que vous aviez décidé de vous retirer pour protéger vos partisans ?
J’ai protégé l’Algérie et préservé sa stabilité et contribué à la stabilité du FLN. Ma candidature à la présidentielle n’est pas nouvelle. Figurez-vous, en juin 1997, j’ai été tête de liste du FLN et à l’annonce des résultats du scrutin en 2004, la capitale de l’Aurès a connu plusieurs événements. D’ailleurs, des milliers de manifestants s’étaient rassemblés devant le siège du FLN pour contester les résultats et défendre leur droit confisqué. La culture de l’Etat m’a imposé de préserver le pays. Incendier une ville, des voitures ou l’Algérie ne figurent pas dans un mon programme électoral. Le souci de protéger le pays m’imposait de protéger le pays et le FLN. En vérité, je n’ai pas quitté le pays ou la scène politique, je n’ai pas fait, si vous voulez, des déclarations à la presse depuis mais j’ai resté toujours en contact avec les wilayas du pays et mes partisans. Je les ai protégés et j’ai été toujours avec eux, comme ils étaient eux-mêmes à mes côtés. Malgré les 10 ans durant lesquels je n’ai fait aucune déclaration, je suis resté tout de mes partisans et le fruit que je cueille aujourd’hui, c’est bien d’avoir installé des directions de ma candidature à la présidentielles dans toutes les villes avant même l’annonce de ma candidature le 19 janvier.
Certains estiment que cela une spécificité des «poulains du pouvoir» qui préfèrent observer le silence qu’ils soient sortis par la petite ou la grande porte ?
Je suis démocrate. J’accepte qu’on me traite du fils du pouvoir. Je suis porteur d’un projet national qui vise à bâtir une société de liberté, de démocratie et d’une justice indépendante et bâtir un Etat où le principe de séparation des pouvoirs soit respecté, avec un vrai parlement qui peut interroger le gouvernement à tout moment.
Certains reprochent à votre gouvernement le fait de ne pas avoir déjoué les astuces de Khalifa pour l’argent des Algériens et ne pas avoir dénoncé ce qu’on appelle communément le scandale du siècle ?
Merci beaucoup de m’avoir posé cette question. Figurez-vous qu’aucun journaliste ne m’a posé cette question auparavant. J’attendais le jour où on me pose d’ailleurs cette question pour que j’éclaircisse les choses.
Allez-y ?
Moi je suis de ceux qui voient les choses en face. L’attribution d’agrément aux banques nationales ou étrangères relève de la Banque centrale. En effet, l’agrément a été attribué à Khalifa Bank avant que je ne sois nommé à la tête du gouvernement et avant même les élections présidentielles de 1999. C’est la Banque centrale qui est habilitée de contrôler la gestion des banques publiques et privées. Moi que je vous parle aujourd’hui, j’ai reçu en septembre 2002 un rapport faisant état de mauvaises gestions au sein de Khalifa Bank et que des choses douteuses se produisent au sein de ce même groupe. Le jour même où le rapport m’est parvenu, j’ai convoqué un conseil interministériel restreint auquel ont pris part en premier lieu, le ministre des Finances d’alors, le directeur de la Banque centrale en exercice à nos jours, le gouverneur de la Banque d’Algérie et le directeur de cabinet de la chefferie de gouvernement et d’autres cadres. A l’issue du conseil, il a été décidé de mener une enquête administrative pour s’assurer de l’exactitude de ces anomalies au sein de Khalifa Bank.
Pouvez-vous nous parler du contenu du rapport ?
Il a été mentionné dans ce rapport le transfert illégal de capitaux. Tout est archivé au niveau des archives du gouvernement. J’ai tenu à mettre au courant le président de la République de tout ce que se passait. Je lui ai adressé entre 10 et 12 missives dans lesquelles je lui ai expliqué les violations constatées et les procédures prises. En effet, toute agence bancaire est appelée à présenter un nombre de documents permettant de contrôler leur gestion. En mars 2003, les conclusions de l’enquête étaient tombées affirmant qu’il y avait des violations d’ordre pénal. Du coup, j’ai chargé le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque d’Algérie de porter plainte au nom de l’Etat. En mars 2003, une enquête a été ouverte et en mai 2003, soit deux mois plus tard, je n’étais plus au poste de chef de gouvernement. J’ignore ce qui s’est passé ensuite.
Pourriez-vous le dire aux Algériens en toute franchise que cet escroc était protégé par de hauts responsables de l’Etat ?
Je sais que vous êtes jaloux de votre pays, de l’argent public. Je sais également que n’aimiez pas d’une justice de complaisance, que le juge soit humilié. Je suis conscient que vous vouliez d’une justice indépendante qu’aucun personne inculpée ne puisse passer entre ses mailles quel que soit son statut, une justice qui ne peut en aucun cas empêchée dans l’exercice de ses fonctions ni par le président de la République, ni par le chef de gouvernement, ou par le ministre de la Justice ou par la rue ou les personnes jouissant de l’influence… Pour mettre la lumière sur tout ça, revenons donc aux points de discorde entre le Président et moi. Il s’agit du texte de loi régissant le Conseil supérieur de la magistrature et le statut particulier des magistrats que j’ai conçu moi-même en tant que chef de gouvernement. J’ai proposé à ce que le magistrat soit indépendant et ne soit soumis dans l’exercice dans ses fonctions qu’à sa propre conscience et à la loi et ne soit point soumis au pouvoir exécutif.
Que s’est-il passé par la suite ?
Durant les derniers mois de mon mandat à la tête du gouvernement, tous ces projets ont été bloqués. L’autre point de divergence, c’était la loi sur les hydrocarbures qui a été votée. Je l’ai refusée. D’ailleurs, elle n’a jamais été programmée lorsque j’occupais le poste du chef de gouvernement.
Pourquoi avez-vous refusé cette loi sur les hydrocarbures?
J’ai dit texto au président de la République que je ne vote pas cette loi. J’ai refusé à ce que les richesses du pays qui appartiennent au peuple algérien d’être placées dans les mains d’une autre personne. Si vous vouliez venir investir en Algérie, soyez le bienvenu, mais je dois dire que le pays n’est pas à vendre. Je dois dire que je n’ai pas de problème personnel entre Bouteflika et moi : Nous avions des divergences sur des questions de principes, sur l’Algérie et sur les visions.