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Hichem Aboud à Ech Chorouk : «dans l’affaire Mecili, les services secrets français et algériens se sont livrés à une vraie guerre »

الشروق أونلاين
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Hichem Aboud à Ech Chorouk : «dans l’affaire Mecili,  les services secrets français et algériens se sont livrés à une vraie guerre »

Les tribunaux français viennent de prononcer un non-lieu pour le diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni accusé d’avoir participé dans l’assassinat en 1987 de l’avocat Mecili. Pour rappel le diplomate algérien avait été arrêté par les autorités françaises le 14 août en 2008 dans le contexte d'un mandat d'arrêt international. Le journaliste- écrivain Hichem Aboud a été, lui, un témoin- clé face au juge d'instruction chargé de l'affaire. Il revient dans cet entretien, premier du genre sur le fond du dossier qui a conduit à une forte tension dans les relations entre la France et l’Algérie. (suite et fin)

Ech Chorouk : Qui a commandité, selon vous,  l’assassinat ?

Hichem Aboud : Je ne peux accuser personne. Les autorités françaises étaient bien conscientes que cette opération n’a pu être organisé par un capitaine. Quand le présumé meurtrier a été arrêté, le ministre de l’Intérieur de l’époque Charles Pasqua et le secrétaire d’Etat à la Sécurité Robert Pandraud se sont empressés de l’expulser et de le mettre dans le premier avion en partance pour l’Algérie. Une telle décision n’a pu être prise sans consultations au plus haut niveau de l’Etat Français.

 

Pourquoi alors les autorités françaises ont cherché à vite fermer ce dossier et de cette manière ? Si le but recherché était la vérité pourquoi alors avoir arrêté Hasseni sans inquiéter Charles Pasqua ou encore François Mitterrand et Robert Pandraud de leur vivant. L’ordre d’expulser Abdelmalek Amalou a très certainement été approuvé par l’ancien Président de la République française et exécuté par Pasqua et Pandraud. Le plus étrange est que de nombreuses voix se sont élevées lors de l’arrestation de Mohamed Ziane Hasseni alors que les responsabilités françaises ont été tues.

 

Quelles en sont les raisons selon vous ?


Les raisons sont, pour moi, très claires. Mais avant de répondre à votre question, permettez-moi d’évoquer d’abord certaines questions qui doivent présider, selon moi,  dans la découverte de la vérité. Non seulement les défenseurs de la vérité dans l’affaire Mecili ont négligés les parties françaises concernées mais il y a aussi le silence de la famille de la victime. L’homme a laissé une veuve, une femme très cultivé et de surcroît fonctionnaire de la police française. Elle connaissait donc ses intérêts et ceux de ceux de son mari. Elle devait donc être la première à prendre sa défense et à exiger la vérité sur son assassinat. Quant à ses enfants, bizarrement, ils ne se sont manifestés  à aucun moment. De même que son frère médecin et sa famille nombreuse. 

 

Pourquoi donc ses  proches se sont confinés dans un tel silence ? Comment expliquer cela? Pour répondre à votre question sur l’implication  des autorités françaises dans cet assassinat, laissez moi vous faire remarquer que les guerres de services ont leurs limites surtout lorsqu’il s’agit d’étouffer des luttes secrètes. Je reste convaincu dans une large mesure que dans l’affaire de l’assassinat de Mecili,  les services secrets français et algériens se sont livrés à une vraie guerre…

 

 Cette thèse n’a cependant jamais été évoquée…

 

Ceci n’est pas nouveau mais cela été occulté involontairement. Je crois que la cible était, en fait, le FFS. L’omission de cette thèse a débuté dés les funérailles d’André Mecili.  Brahim Younsi qui connaissait très bien la victime m’a révélé que le jour des obsèques de Mecili, un différend avait opposé les présents à cette cérémonie lorsque l’un des participants a a couvert  le cercueil du défunt par un drapeau français. Un des anciens militants du parti et un  nationaliste, M.Mouloud Aït Maouche a protesté en exigeant de mettre le drapeau algérien..

 

Je me demande pour ma part pourquoi avoir mis un drapeau français sachant que le défunt n’a jamais appartenu à une institution française. Ceci témoigne tout au moins qu’il subsiste encore des choses non élucidées à ce jour. Est-ce à dire que pour les français André Mecili était un martyr au point où sont cercueil a été recouvert par leur emblème national ?  L’auteur de cette initiative n’était pas seul puisque la décision finale a été prise après un vote à mains levées. Ce que l’on savait surtout du défunt est qu’il était un opposant au régime algérien. Je ne suis pas en mesure de dire qui est opposant ou non.

 

Ce qui est sûr en revanche est qu’André Mecili était l’un des membres fondateurs du Front des forces socialistes. Il avait été appréhendé en 1964 en compagnie d’Aït Ahmed. Il a été emprisonné jusqu’à Novembre 1965, lorsque le Président Houari Boumediène a  décidé d’amnistier les prisonniers politiques  arrêtés du temps d’Ahmed Ben Bella. Il faut rappeler également que le Front des forces socialistes s’est éclipsé de la scène politique sur une longue période soit dés le début des années soixante-dix jusqu’au milieu des années quatre-vingt. Je me demande, dans ces conditions,  pourquoi le FFS n’a pas été très  actif dans la recherche de la vérité dans l’assassinat de Mecili ?

 

 Par exemple, lors l’arrestation de Mohamed Ziane Hasseni, Hocine Ait Ahmed avait salué dans une déclaration cet événement et cela sans vérifier que le diplomate était impliqué ou non  dans l’assassinat. Il a remis en question ensuite la levée du contrôle judiciaire décidé par le procureur. J’aurais souhaité que Hocine Ait Ahmed intervienne à la barre aux côtés de Mohamed Samraoui qu’il connaît bien et qu’il a, d’ailleurs,  défendu lors de son arrestation en Espagne. Samraoui n’a pu lui aussi être présent à la barre prétendant ne pas être en mesure de voyager en France au motif qu’il existe un mandat d’arrêt international contre lui. Ce qui est un pur mensonge. Il aurait pu répondre à la convocation de la justice française sans être inquiéter d’aucune sorte. J’ai été surpris qu’Aït Ahmed n’exige pas sa comparution devant le juge d’instruction.

 

Permettez-nous de revenir sur votre témoignage devant la justice française. Certains estiment, en effet,  que vous avez pris délibérément la défense du régime algérien alors que vous-vous faites passer pour l’un de ses farouches opposants. Qu’avez-vous à dire, à ce sujet ?


Votre question revêt deux aspects. D’abord je répondrais de mon témoignage, un jour, devant Dieu. Comment aurais-je pu taire des choses que je savais d’autant que je connaissais personnellement  les deux personnes concernées par cette affaire ? Comment aurais-je pu me taire sachant qu’on veut incriminer un innocent ? Est-ce parce qu’il était un diplomate qu’il représente le régime algérien ? Est-ce une raison suffisante pour justifier son implication dans un crime auquel il n’a rien à voir ? De même, je n’ai pas accusé Mohamed Samraoui puisque, lui non plus, il n’a rien à voir avec cet assassinat. Quoique comme je vous l’ai indiqué précédemment, et de son propre aveu,  il est en relation avec cette affaire.

 

Quand j’ai été interrogé par «Le Nouvel Observateur», j’avais répondu avec sincérité soulignant qu’il était logique de clarifier les choses et les responsabilités de tout un chacun. Quant au capitaine Hassani Rachid, aux yeux des Algériens, il n’a fait que son devoir. Certains mêmes voient en lui, un héros national dans cette guerre des services entre l’Algérie et la France. En ce qui concerne l’autre aspect de votre question, je n’ai jamais eu la prétention de me considérer comme un opposant politique pour la simple raison que je n’appartiens  à aucun  parti et que je ne dispose pas, en la matière, d’un programme politique. Aussi, je ne représente aucune alternative politique. Je ne suis qu’un journaliste qui a eu à vivre en exil après avoir été menacé et condamné à la prison à quatre reprises pour mes écrits.

 

En tant que tel, j’ai le droit de reconnaître, si besoin est, des qualités à ce régime et ce pour rester respectueux de l’éthique professionnelle. Et si vous voulez que je renonce à ma carrière de journaliste pour m’exercer à l’opposition politique, la première chose auquel j’aspirerais est de retourner  dans mon pays pour adhérer à un parti ou pour en créer un afin de lutter de l’intérieur et près des réalités que vit le peuple.

 

Il y a,  toutefois, une opposition présente à l’étranger, pourquoi ne pas la rejoindre?

 

De quelle opposition vous parlez ? Pouvez-vous me citer un seul parti d’opposition à l’étranger? Que signifie l’opposition au régime à partir de l’étranger ? Si nous avons accusé le régime de brimades, l’opposition à l’étranger ne peut représenter, elle, que le mépris du peuple. Comment peut-on s’opposer au régime sans être parmi son peuple ? Ceci est absurde.


Quoiqu’il en soit, il y a des individus qui sont complètement incapables de s’unir entre eux pour former une association. Ils ne peuvent alors qu’activer dans un monde virtuel qu’est l’Internet.  Il y en a qui passent des heures et des heures devant l’écran de l’ordinateur, car ils n’ont rien d’autre à faire. Beaucoup subsistent, ainsi,  grâce aux aides sociales fournies par les pays où ils résident. Comment une personne incapable de subvenir aux besoins de sa famille  par la sueur de son front s’autoproclame comme dirigeant politique?  Comment une personne qui n’a aucune valeur en face de son épouse et de ses enfants puisse avoir une quelconque valeur devant les autres ?

 

 Comment une personne qui n’a aucune qualification de base ne serait-ce que pour  laver la vaisselle dans les cafés ou les restaurants puisse sauver la face devant sa famille tout en continuant à se considérer comme un opposant à un régime avec ses institutions et ses dirigeants ?  Pouvez-vous me citer le nom d’une de ces personnes qui se prétendent opposants ou dirigeants autoproclamés d’une population ne sait rien d’eux ? Si seulement, ils  avaient été emprisonnés un jour ou condamnés ne serait-ce qu’à une amende pécuniaire.  Celui qui se revendique de l’opposition n’a qu’à rentrer en Algérie pour se faire emprisonner et montrer à la face du monde qu’il existe au moins dans ce pays un prisonnier politique.

Donc d’après vous, il n’existe pas d’opposition à l’étranger ?

Il  est  complètement déplacé de se prétendre opposant à l’étranger alors que  le cheikh Ali Belhadj qui a passé près de la moitié de sa vie en prison est toujours dans l’arène et se fait arrêter par la police presque chaque semaine. Celui qui se prétend opposant et qui bénéficie des largesses européennes ne peut pas appeler à des manifestations publiques ou à des rassemblements ou toute autre action similaire.

 

 

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