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¡Que viva España !

Le ballon a voté contre le scénario officiel

Laala Bechetoula
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Le ballon a voté contre le scénario officiel

Il fallait donc soutenir l’Argentine.

Admirer Messi, invoquer Maradona, oublier Milei, ne surtout pas regarder du côté de Netanyahou et considérer qu’une seconde couronne argentine relevait moins du sport que du droit successoral.

L’Espagne devait jouer joliment, perdre dignement et laisser la légende accomplir son service après-vente.

Elle a malheureusement gagné.

¡Que viva España !

Un but, une Coupe du monde et plusieurs mines contrariées. L’Espagne a battu l’Argentine 1-0 après prolongation, au terme d’une finale qu’elle avait largement dominée. Ferran Torres a marqué, le collectif a vaincu la canonisation, et le tableau d’affichage a commis l’indélicatesse de ne pas consulter le protocole.

Il faut féliciter cette équipe espagnole sans demander pardon.

La féliciter d’avoir refusé de participer au couronnement préparé pour Messi. La féliciter d’avoir préféré le jeu à la nostalgie, la jeunesse à la rente mémorielle et le terrain aux recommandations diplomatiques.

Car pourquoi aurait-il fallu soutenir l’Argentine ?

Parce que Messi est immense ? Certes. Mais le football n’est pas une monarchie, et même les génies doivent encore gagner les matchs qu’on avait déjà décidé de leur attribuer.

Parce que l’Argentine serait naturellement le pays du « Sud » ? Une boussole ne constitue pas une doctrine politique. L’Argentine de Javier Milei a choisi Trump, Netanyahou et une posture idéologique qui transforme l’alignement en spectacle. Personne n’accuse les joueurs d’être responsables de leur président. Mais personne n’est non plus obligé de devenir amnésique pour admirer leurs passes.

Netanyahou avait publiquement choisi

l’Argentine.

Il a donc fait, pour une fois, exactement ce qu’il fallait : offrir à l’Espagne des millions de supporters supplémentaires.

Quant à Trump et Gianni Infantino, ils avaient déjà célébré ensemble le triomphe du tournoi, « l’Amérique gagnante », les records d’affluence et leur magnifique réussite commune. Trump devait même participer à la remise du trophée.

Puis l’Espagne a gagné.

On ne peut pas affirmer qu’ils en furent malheureux. Disons seulement que la photographie finale possédait une ironie délicieuse : Trump, hué dans le stade, Infantino à ses côtés, et devant eux une Espagne victorieuse qui n’entrait pas

exactement dans le récit idéologique préféré de la soirée.

Le ballon manque parfois terriblement de savoir-vivre.

Il ne salue pas les puissants, ne respecte pas les amitiés stratégiques et ne lit pas les éditoriaux avant de franchir la ligne.

Pendant ce temps, Pedro Sánchez arrive à Alger, au grand désespoir d’une presse qui s’était déjà chargée de rédiger son épitaphe politique. Son déplacement vise à refermer la crise ouverte entre Madrid et Alger depuis 2022.

Sánchez est attaqué, l’Espagne est championne et Alger le reçoit.

La semaine devient franchement pénible

pour les prophètes professionnels de son effondrement.

Ils devront expliquer que Sánchez est isolé tout en le regardant renouer avec l’Algérie ; que l’Espagne est moralement insignifiante tout en voyant son attitude envers la Palestine lui attirer une sympathie populaire réelle ; et que sa sélection ne représente absolument rien, sauf lorsqu’il faut récupérer ses victoires ou lui imputer ses défaites.

La souplesse intellectuelle est un sport qui mériterait enfin sa place aux Jeux olympiques.

Il faut également regarder le miroir argentin sans détour. Non, tout un peuple ne peut être qualifié de suprémaciste. Mais l’Argentine demeure travaillée par un vieux

mythe d’exception blanche et européenne, auquel certains chants, comportements de tribunes et discours de supériorité régionale donnent régulièrement une expression particulièrement peu subtile.

Le racisme devient alors du « folklore », l’insulte une « passion », et l’arrogance une composante du patrimoine immatériel.

Mais que des Arabes ou des Africains choisissent l’Espagne, et voici soudain les gardiens de la pureté sportive scandalisés par la « politisation » du football.

Le principe est limpide : les présidents peuvent politiser les maillots, les ambassadeurs distribuer les symboles, les joueurs brandir des revendications nationales et la FIFA courtiser les gouvernements. Seuls les peuples doivent

rester neutres.

La politique est autorisée dans les loges, mais interdite dans les mémoires.

¡Que viva España !

Vive cette équipe jeune, métisse, collective et brillante.

Vive Lamine Yamal, Nico Williams, Ferran Torres et tous ceux qui ont démontré qu’une nation se représente mieux par ses enfants réels que par les fantasmes de pureté de ses nostalgiques.

Vive aussi cette victoire qui ne libérera évidemment pas Gaza, ne sanctifiera pas Sánchez et ne transformera pas l’Espagne en puissance irréprochable — mais qui aura permis à des millions de personnes de

choisir leur joie sans recevoir de leçon de neutralité.

Trump pouvait occuper la tribune.

Infantino pouvait bénir le spectacle.

Netanyahou pouvait choisir l’Argentine.

Milei pouvait compter sur sa veste porte-bonheur et sur l’assistance du cosmos.

Le ballon, lui, a choisi l’Espagne.

Espagne 1. Argentine 0.

Même les puissants doivent parfois subir la démocratie du tableau d’affichage.

¡Que viva España, campeona del mundo !

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