L’histoire particulière d’un canon algérois “captif” en France
Histoire épique que celle de ce canon algérois, tout en puissance avec ses sept mètres de long et tout en fonte, “captif” depuis 182 ans à Brest, dans la partie militaire de la ville française, pour avoir seulement “défendu” la ville d’Alger des envahisseurs, dont les Français.
Une pièce d’artillerie unique
Quel sort terrible pour Baba Merzoug, l’un des plus grands canons jamais construits par l’homme, que l’exil. Baba Merzoug est venu au jour à la fin des travaux de fortification de la ville d’Alger, en 1542. Fabriqué par un fondeur vénitien suite à la commande du pacha Hassan, qui avait succédé à Kheireddine, sa portée était exceptionnelle pour l’époque, 4.872 mètres, et un poids impressionnant, 12 tonnes. C’est une superbe pièce dÆartillerie, unique en son genre, finement ciselée, qui va dorénavant défendre Alger, la rendant inviolable, absolument inattaquable par mer. Servi par quatre artilleurs, le canon est dirigé vers la Pointe Pescade (ouest d’Alger), interdisant dorénavant à tout navire de s’approcher d’Alger. En 1671, l’histoire de ce canon terrible va basculer : il interdira à la flotte de l’amiral Duquesne, qui assiégeait Alger, de s’emparer de la ville. Un fait de guerre qui va lui valoir une animosité tenace de deux siècles, après une vengeance terrible des français. Le consul de France et missionnaire auprès du Dey à Alger, le père LeVacher, accusé de traîtrise par un certain Meso Morto qui avait tué le dey et fomenté une révolte lors de négociations avec l’amiral Duquesne dont la flotte bombardait Alger, a été mis dans la bouche du canon et ’’tiré’’ avec un boulet vers le navire amiral français. Il sera appelé, dès lors, par la marine française ’’La Consulaire’’. Mais, au fait, d’où vient le nom de ce terrible canon qui atteste, jusqu’à aujourd’hui, 182 ans après l’invasion d’Alger, de sa terrifiante renommée ? Selon Belkacem Babaci, président de la fondation Casbah, ’’la puissance de ce canon, et la longue portée de ses boulets a fait que les gens d’Alger, très impressionnés, ont considéré qu’il était un don de Dieu (Rizk Allah) et apporte la fortune’’. Baba Merzoug (père fortuné) était né.
Après près de deux siècles d’exil, le retour ?
Ayant été l’une des toutes premières prises de guerre en 1830 lors de l’invasion d’Alger, l’amiral Guy Duperré le fait immédiatement expédier à Brest. Trois ans plus tard, il est exposé au public avec sur sa ’’bouche’’ un Coq, et gît sur son emplacement actuel depuis le 27 juillet 1833. Selon Ahmed Babaci, auteur d’un livre sur Baba Merzoug et membre du comité pour son rapatriement, ce canon était la plus importante arme de défense dans tout le Bassin méditerranéen et sans rival pendant des siècles. Ce n’est que lors de la 1ère Guerre mondiale que les Allemands construisent le fameux canon, alors baptisé ’’la grosse Bertha’’, et dont la longueur était de cinq mètres. ’’Baba Merzoug’’, c’est le protecteur bienveillant des algérois, il était devenu l’âme d’Alger et son farouche gardien, d’où le qualificatif d’ ’’El Mahroussa’’, à l’époque des courses et de la flibuste en Méditerranée. Il avait en fait, de même qu’El Djazair avec laquelle il se confondait, un statut quasi ’’mystique’’, faisant la fierté de la ville et de ses habitants. En 1999, un comité pour la restitution du canon algérien est crée par plusieurs personnalités qui ont diversifié les contacts en France et en Algérie pour le retour de Baba Merzoug dans sa patrie. Un retour qui devrait intervenir, selon M. Babaci, en 2012 à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.