L'opposition syrienne demande à la Russie d'être plus sévère avec Assad
Une délégation de l'opposition syrienne en exil a demandé mardi à la Russie d'être plus sévère avec le régime du président Bachar al-Assad lors d'entretiens à Moscou avec le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, dont le pays refuse de soutenir des sanctions contre Damas.
Au cours de pourparlers au ministère russe des Affaires étrangères, le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la plupart des courants de l’opposition du pays, a demandé plusieurs fois aux Russes d’exiger le départ de M. Assad, a déclaré le chef de la délégation syrienne, Burhan Ghalioun. Mais les Russes nous ont répondu que même la Ligue arabe ne demandait pas cela, a ajouté M. Ghalioun, figure historique de l’opposition syrienne et professeur à la Sorbonne à Paris, lors d’une conférence de presse. Au cours des entretiens avec l’opposition syrienne, M. Lavrov n’a pas fait de propositions concrètes, a-t-il ajouté, selon des propos traduits du russe. Nous voulons surmonter la crise et voudrions que cela se fasse sans intervention militaire extérieure, a souligné M. Ghalioun. De leur côté, les diplomates russes ont appelé tous les groupes de l’opposition syrienne (…) à engager immédiatement l’initiative préconisée par la Ligue arabe pour régulariser la crise, selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères. Le plan arabe prévoit l’arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait des forces armées des villes et la libre circulation de la presse dans le pays. Mais M. Assad ne respecte pas ce plan, a déploré M. Ghalioun, affirmant notamment qu’aucun détenu n’avait été libéré jusqu’ici. Alliée de longue date de la Syrie, à laquelle elle fournit des armements, la Russie continue de soutenir Damas au Conseil de sécurité de l’ONU et a bloqué jusqu’ici toutes les propositions de sanctions des pays occidentaux qui réclament le départ du président Assad. La Russie est aussi l’un des rares pays à avoir condamné la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie de l’organisation panarabe, une mesure jugée incorrecte par M. Lavrov. Le président russe, Dmitri Medvedev, avait estimé en octobre que le régime de Bachar al-Assad devait faire des réformes ou partir, tout en maintenant son opposition à toute ingérence des Occidentaux. Nous voudrions que Bachar al-Assad commence par respecter une tradition dans le monde arabe selon laquelle les dirigeants s’en vont d’eux-mêmes, a encore dit M. Ghalioun, soulignant que le président syrien était aujourd’hui le seul obstacle sur la voie d’une Syrie démocratique. Ces déclarations interviennent au lendemain d’une des journées les plus meurtrières — 70 morts d’après une ONG syrienne — dans le pays secoué depuis huit mois par une révolte populaire réprimée dans le sang, qui a fait 3.500 morts selon l’ONU.