“Octobre à Paris” ravivé 50 ans après les événements du 17 octobre 1961
Le 17 octobre 1961, des dizaines, des centaines peut-être de manifestants Algériens sont morts sous les coups de la police parisienne : le film “Octobre à Paris” tourné juste après par le cinéaste Jacques Panijel, sort enfin le 19 octobre, sans que, 50 ans après, ces événements aient jamais été reconnus comme “crime d’État”.
Le film censuré jusqu’en 1973 et qui sort avec une préface du cinéaste français Mehdi Lallaoui, a été présenté en avant-première jeudi à Limoges (centre de la France).
Ce 17 octobre, à l’appel du Front de libération nationale (FLN, indépendantiste algérien), 20 à 30.000 Français musulmans d’Algérie, hommes, femmes, enfants, convergent des bidonvilles de la banlieue parisienne vers la place de l’Etoile à Paris, pour protester contre le couvre-feu que vient de leur imposer la préfecture de police.
Dans un contexte de tension où la psychose gagne la police qui a essuyé plusieurs attentats, le FLN impose une manifestation pacifiste avec interdiction formelle de porter une arme. A 20h30, la foule avance vers le boulevard Saint-Michel.
La police semble alors avoir carte blanche pour faire cesser ce rassemblement interdit. Au premier contact, un déchaînement de violence s’abat sur les manifestants.
Quelques Français opposés à la guerre d’Algérie sont là, comme le journaliste Daniel Mermet, alors étudiant, ou Jacques Panijel.
“Tapez pas sur les blancs !”, entends dans la bouche d’un policier un ami de Daniel Mermet venu porter secours à un Algérien blessé. Cette répression a fait entre plusieurs dizaines et plusieurs centaines de morts, selon les différents historiens, en tout cas un massacre.
Horrifié, Jacques Panijel, ancien résistant, sent l’urgence qu’il y a à faire un film sur ces événements que très peu de journalistes ont évoqué alors, sinon le photographe français Elie Kagan dont les clichés donnent toute la mesure de cette violence.
Peu connu, et en période de censure politique omniprésente, Panijel va frapper aux portes de cinéastes de la Nouvelle Vague, forts de leur notoriété. Mais ils déclinent, François Truffaut en tête. Panijel réalise donc son film seul, dans la clandestinité et malgré les tentatives d’intimidation de la police.
Le film bouleversant, tourné à chaud jusqu’en février 1962 mais avec un ton de recul, se déroule en quatre mouvements distincts éclairant parfaitement le contexte et les faits.
La première partie montre un bidonville de la banlieue et les conditions de vie des Algériens de Paris, avec des hommes et des femmes évoquant avec dignité les violences policières, brimades et insultes qui émaillent leur quotidien.
La seconde partie, tournée comme une reconstitution avec de vrais manifestants du 17 octobre, montre les préparatifs de la manifestation. Celle-ci n’est évoquée qu’au travers de photos et de témoignages. Puis, le film s’achève sur les événements du métro Charonne lorsque, le 8 février 1962, la répression policière fait huit morts parmi des manifestants venus manifester leur soutien au peuple algérien.
Lorsque la censure politique se lève, en 1973, Panijel refuse que le document soit diffusé sans qu’y soit ajoutée une préface qui restitue clairement le contexte des évènements. Le film circule sous le manteau, dans des réseaux très confidentiels.