Somalie: l'aide humanitaire arrive toujours en trop faible quantité
Saedo Saleh vient d'Afgoye, ville sous contrôle des islamistes shebab dans une région du sud de la Somalie déclarée en état de famine par l'ONU. La jeune femme, qui a demandé à ce que son nom soit changé, n'a pas eu d'autre choix que de partir quand son bébé est tombé malade.
“Il n’y a rien là-bas, aucune aide d’aucune sorte”, assure cette femme en berçant son enfant d’un an, soigné dans une clinique de Mogadiscio, la capitale somalienne sous contrôle gouvernemental.
En zone rebelle, Saedo Saleh décrit une “situation difficile”, car “il n’y a pas assez de nourriture, les gens sont malades et il n’y a pas de médicaments”.
L’armée kényane a pénétré dans le sud somalien ce week-end, pour se lancer à l’assaut de positions des shebab, que Nairobi accuse d’avoir orchestré plusieurs récents enlèvements au Kenya. Mais les rebelles contrôlent toujours la plus grande partie du sud et de l’est de la Somalie.
Ravagée par vingt ans de guerre civile, la Somalie est durement frappée par la sécheresse qui sévit dans la Corne de l’Afrique. L’ONU a déclaré six régions du sud de la Somalie en état de famine. Quatre millions de Somaliens seraient affectés, dont 750.000 en danger de mort.
Dans le couloir D’Afgoye, le long de la route stratégique qui mène à l’ouest de Mogadiscio, quelque 410.000 déplacés, qui ont fui la sécheresse et les combats dans leurs régions, sont toujours entassés. Trois mois après la déclaration de famine, la situation est ici toujours alarmante.
La semaine dernière, l’aide alimentaire a atteint quelque 2,2 millions de personnes en Somalie, lit-on dans le dernier rapport du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).
Mais apporter l’aide à travers les régions les plus touchées reste difficile, en raison “des menaces permanentes en matière de sécurité et des restrictions d’accès” imposées par les shebab dans les zones qu’ils contrôlent, rappelle Ocha. Selon elle, les rebelles ont détourné dix camions d’aide alimentaire début octobre.
Les maladies infectieuses risquent de se propager
Même à Mogadiscio, contrôlée par les forces de l’Union africaine qui soutiennent le gouvernement de transition somalien (TFG), les problèmes de sécurité limitent toujours l’accès à l’aide humanitaire.
“Nous faisons de notre mieux, (…), l’aide a augmenté, mais elle n’est pas bien coordonnée et les gens continuent d’arriver en nombre”, déplore Ibrahim Mohamed Kasim, directeur de la clinique Hanano.
La saison des pluies qui vient de débuter a apporté un certain soulagement aux éleveurs, mais elle a ajouté à la misère de dizaines de milliers d’autres gens, réfugiés sous des abris de branchage et bouts de plastique.