Thomas Portes, député LFI : “Nous ne voulons pas d’un État pour les morts mais d’un État pour les vivants”
Le président français Emmanuel Macron a annoncé son intention de reconnaître l’État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies, ce qui ferait rejoindre la France aux 140 pays, sur les 193 membres de l’ONU, qui reconnaissent déjà la Palestine.
En France, cette annonce a été bien accueillie, notamment par celles et ceux qui réclament depuis longtemps une action de Paris pour mettre fin à l’agression contre les Palestiniens, tout en critiquant le retard de cette reconnaissance, alors que l’offensive sur Gaza se poursuit jusqu’à affamer la population.
Dans cet entretien accordé à Echorouk, le député français de La France insoumise, Thomas Portes, critique le retard de cette décision, qu’il considère comme symbolique tant qu’elle n’est pas accompagnée de sanctions concrètes. Il dénonce également la complicité de l’Occident face au « premier génocide diffusé en direct par ses propres victimes ».
Echorouk : Le président Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaîtra l’État palestinien en septembre. Pourquoi, selon vous, cette annonce intervient-elle maintenant, après des mois de silence officiel face au génocide commis par l’armée israélienne à Gaza ?
Thomas Portes : D’abord je souhaite dire que cette annonce intervient plus de 10 ans après le vote par l’Assemblée nationale et le Sénat en faveur de la reconnaissance de l’État de Palestine par la France. Depuis des mois nous nous mobilisons pour demande que cette reconnaissance soit effective par la France. Pourquoi encore repousser à septembre ? Elle doit être immédiate et sans conditions préalables. Face aux images terribles de famine à Gaza et à la multiplication des témoignages qui nous parviennent, malgré l’assassinat de plus de 200 journalistes par Israël, Emmanuel Macron ne peut rester silencieux. Par cette tentative de reconnaissance, je parle de tentative car rien n’est encore fait, Il tente de faire oublier son rôle de complice dans le génocide à Gaza et son refus permanent de prendre des sanctions contre Israël. Personne n’est dupe de la manœuvre politique à laquelle se livre le Président de la République française. Si cette reconnaissance n’est pas accompagnée de sanctions contre Israël elle ne sera d’aucune utilité pour le peuple Palestinien.
Pensez-vous que la reconnaissance de l’État palestinien sans sanctions soit insuffisante ?
Non la reconnaissance de l’État palestinien n’est pas suffisante si celle-ci ne s’accompagne de pas sanctions concrètes contre l’état d’Israël. Nous ne voulons pas d’un état pour les morts mais d’un état pour les vivants. De quelle Palestine parle-t-ton ? Depuis le 7 octobre le nombre de colonies en Cisjordanie a explosé et la Knesset vient de voter le mercredi 23 juillet, un appel au gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou à annexer définitivement la Cisjordanie occupée. Pas un jour ne passe sans que des colons israéliens chassent des palestiniens de leurs maisons en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est Et que dire de Gaza ? Territoire ravagé, rendu invivable et dont la population est victime d’un génocide.
Reconnaître la Palestine mais sur quel territoire et quelles frontières ? L’urgence est à l’action pour stopper le génocide en cours à Gaza car bientôt il n’y aura plus de palestiniens pour assister à cette reconnaissance. Je ne veux pas d’une reconnaissance posthume. C’est pour cela que cette reconnaissance ne peut arriver seule. Elle doit s’accompagner de sanctions claires contre l’état d’Israël. La France a les moyens d’agir. Emmanuel Macron doit décréter un embargo sur les armes à destination d’Israël et prendre sanctions économiques et diplomatiques. Comme au temps de l’apartheid en Afrique du Sud, nous devons décréter un boycott sportif, culturel, diplomatique et économique de l’état d’Israël. Je refuse que mon pays soit complice du premier génocide filmé en direct par ses propres victimes !
L’annonce de Macron a été critiquée par Benjamin Netanyahou, Donald Trump et certains lobbys en France. Que vous inspire ce rejet, et comment évaluez-vous l’influence persistante du soutien américain au gouvernement Netanyahou sur la position française ?
Je ne suis pas surpris par la position américaine ou israélienne. Si Israël se permet de mener un génocide aux yeux du monde c’est qu’il le fait avec la bénédiction politiques des États-Unis. Depuis le 7 octobre les administrations Biden et Trump ont livré des milliards de dollars d’armes au gouvernement de Netanyahou. L’arrivé au pouvoir de Trump n’a fait que renforcer ce soutien qui se traduit par la création d’une internationale fasciste au service du génocide à Gaza. Et que dire des réactions israéliennes si ce n’est qu’elles ne font qu’illustrer ce qu’est ce gouvernement : une équipe de génocidaires shootés à la haine du palestinien. En France nous avons aujourd’hui plusieurs institutions et certains ministres qui sont des relais directs de la propagande du gouvernement génocidaire de Netanyahou. Ils dévoilent aujourd’hui leur vrai visage. Ils ne veulent pas de la paix ni de la reconnaissance de la Palestine. La France doit être fidèle à son histoire, c’est à dire porter une voix diplomatique non alignée avec comme seule boussole le droit international et la paix.
Depuis octobre 2023, plusieurs voix en France – dont la vôtre et de votre parti – dénoncent les crimes de guerre et le génocide commis contre la population de Gaza. Ces prises de position ont été violemment attaquées par les médias dominants, certaines accusées d’antisémitisme ou de soutien au terrorisme. Comment réagissez-vous à cette criminalisation de la solidarité avec la Palestine ?
En France depuis le 7 octobre nous assistons à une criminalisation particulièrement inquiétante des voix qui soutiennent la Palestine. La France fut par exemple l’un des premiers pays à interdire les manifestations de soutien à la Palestine et nous ne comptons plus les poursuites pour soi-disant apologie du terrorisme contre des militants, des syndicalistes ou de simples citoyens qui défendent le droit international et se mobilisent pour un cessez-le-feu.
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C’est par exemple le cas de ma présidente de groupe parlementaire Mathilde Panot qui a été poursuivi pour un communiqué de presse de soutien à la Palestine. Une première sous la 5ème République pour une présidente de groupe parlementaire d’opposition. Je suis fier d’être membre d’un mouvement politique, la France Insoumise, qui n’a jamais lâché y compris malgré les attaques et les calomnies. L’utilisation de l’accusation d’antisémite poursuit un seul but, tenter de disqualifier celles et ceux qui aujourd’hui refusent de rester silencieux face au massacre organisé d’une population. Nous sommes pour notre part du bon côté de l’histoire. Rien ne nous fera baisser les yeux. Chaque attaque ne fait que renforcer notre détermination. Et je le dis de manière très claire rien n’entravera la libération de toute la Palestine. Ni Israël, ni personne d’autre.
Propos recueillis par Madjid Serrah