Tripoli: une trentaine de journalistes confinés à l'hôtel Rixos
Une trentaine de journalistes étrangers, dont un membre de l'AFP, attendaient toujours mercredi 24 août de pouvoir quitter leur hôtel, situé à un kilomètre à peine du QG de Mouammar Kadhafi, pris par les rebelles. Le bâtiment est cerné par les forces loyales à Kadhafi.
La majeure partie des soldats armés qui surveillaient les journalistes à l’hôtel Rixos ont disparu, après la prise de la résidence de Kadhafi par les rebelles, laissant une poignée des leurs derrière eux, habillés en civil et armés de kalachnikovs. Portant gilet pare-balles et casque, les journalistes sont logés au premier étage de l’établissement. L’électricité y a été rétablie, mais pas l’eau. Le réseau de téléphonie mobile est très perturbé.
BALLES PERDUES ET TIRS SPORADIQUES
Certains d’entre eux communiquent avec l’extérieur par l’intermédiaire de leur fil Twitter. Ils disent être parfois dans le noir, ne sachant pas ce qui les attend. Ils ont accroché des banderoles sur lesquelles ils ont écrit “TV”, “Presse”, ou en encore, en arabe : “Presse, ne tirez pas”. Le matin, certains des journalistes ont tenté de s’aventurer à quelques mètres hors de l’hôtel, situé dans le centre de la capitale, mais des tirs ont éclaté. Et l’un des hommes armés leur a ordonné de rentrer. “Il faut attendre, soit les rebelles vont venir, soit les soldats [du régime]”, leur a-t-il lancé.
Les journalistes disent aussi craindre les francs-tireurs. La veille, l’hôtel a été touché par des balles perdues au moment où le QG du dirigeant Mouammar Kadhafi dans le quartier de Bab Al-Azizia tombait aux mains des rebelles. Le complexe est séparé de l’hôtel par un espace boisé. Des tirs sporadiques ont été aussi entendus dans l’établissement. Durant les derniers jours, les hommes armés, en nombre plus grand, entraient se ravitailler ou faire une ronde de surveillance dans l’hôtel.
L’EAU ET LA NOURRITURE SE FONT RARES
Les journalistes ont été privés pendant deux nuits d’eau et d’électricité, et la nourriture se fait rare. L’hôtel a été déserté depuis plusieurs jours par son personnel et sa direction, et des officiels du régime ont aussi disparu de l’établissement, qui leur servait de siège durant ces derniers mois. Même Seif al-Islam, le fils influent de Mouammar Kadhafi, y était venu lundi avant l’aube après avoir été donné pour capturé par les rebelles.
Les journalistes ont reçu des laissez-passer de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en vue d’une éventuelle évacuation par mer. Reporters sans frontières a appelé mercredi les “parties en présence” en Libye à « assurer la sécurité des journalistes qui couvrent les événements dans le pays ». L’association, qui juge la situation “particulièrement préoccupante”, chiffre à 37 le nombre de journalistes de la presse internationale qui ne peuvent quitter l’hôtel Rixos.