Vaccin contre la COVID-19: Sanofi donne l’avantage aux États-Unis et crée une polémique
La France s’indigne de la décision de Sanofi de servir d’abord les USA en cas de découverte d’un vaccin
Les États-Unis auront la primeur d’un éventuel vaccin contre le Covid-19 de Sanofi. Paul Hudson, directeur général du groupe pharmaceutique, a annoncé mercredi 13 mai dans un entretien à l’agence Bloomberg que les Américains seraient servis «en premier» si Sanofi trouvait un vaccin.
Selon lui, cela s’explique par le fait que Washington «partage le risque» des recherches, via un partenariat entre sa société et l’Autorité pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical (BARDA), qui dépend du ministère américain de la Santé. En somme, les autorités américaines «ont investi pour essayer de protéger leur population», a développé Paul Hudson. BARDA, qui pour l’heure, a injecté 30 millions d’euros dans le programme de Sanofi, précise le PDG à Bloomberg.
En France, l’info a évidemment fait l’effet d’une bombe. Dès mercredi soir, tout s’emballe sur les réseaux sociaux, twittos et élus de gauche comme de droite hurlent à la trahison.
Tous s’offusquent qu’un groupe «français» –ou plutôt «qui a son siège en France»– puisse agir ainsi. Le gouvernement tente de faire bonne figure en montrant que la situation serait sous contrôle:
«Le patron de Sanofi France m’a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et qu’évidemment il serait accessible notamment aux Français», a déclaré le 14 mai au matin Agnès Pannier-Runacher au micro de Sud Radio.
Dans ces propos de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, qui dit avoir «immédiatement contacté Sanofi, qui a fait un correctif», rien n’indique pourtant que les Américains ne profiteront pas d’une quelconque primauté. Le patron du groupe en France, Olivier Bogillot, ne fait que réitérer la position du groupe, qui mercredi 13 mai avait précisé qu’il s’était «toujours engagé» à ce que son éventuel vaccin soit «accessible à tous».
Un message répété ce 14 mai sur le plateau de BFMTV où il affirme qu’«il y aura un vaccin mis à disposition des patients français».
«Si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains, cela ne fera aucun doute», répond-il au journaliste, qui insiste pour savoir si Américains et Européens auraient en même temps un éventuel vaccin Sanofi contre le Covid-19. Autant dire que les Français devront s’armer de patience.
Les Chinois aussi pourraient être vaccinés «en premier»
Que les Européens mettent la main à la pâte s’ils tiennent à être vaccinés, c’est d’ailleurs le message –ou plutôt l’avertissement–, initialement lancé par le PDG du groupe pharmaceutique dans sa fameuse interview accordée à Bloomberg. En effet, dans une partie qui a visiblement bien moins intéressé la presse française, celui-ci relate qu’Américains et Chinois ont de manière générale (et donc pas forcément avec son entreprise) mis les bouchées doubles afin de trouver rapidement un vaccin.
«Donc, ces deux économies motrices seront vaccinées en premier, c’est pourquoi il est devenu si important d’essayer de créer un débat en Europe pour dire: “Ne laissez pas l’Europe être laissée pour compte”», a déclaré Paul Hudson à Bloomberg.
Des groupes qui n’ont de français que le siège
Pourtant, Sanofi n’est-il pas un groupe «français»? Certes, l’histoire de Sanofi a pris racine il y a près d’un demi-siècle en France, où est encore localisé son siège social. Cependant, cette «start-up», filiale du groupe public qu’était ELF Aquitaine, est depuis devenue structurellement une transnationale, comme le reflète son actionnariat.
Au 31 décembre, seuls 16,2% de ce dernier demeuraient aux mains d’institutionnels français. L’Oréal, dont la filiale Synthélabo avait fusionné en 1999 avec Sanofi, peut éventuellement offrir un levier à l’État français, avec ses 9,4% de participation. Mais cela demeure peu face aux 61% de son capital aux mains d’institutionnels étrangers… En termes d’origine géographique de cet actionnariat, les États-Unis arrivent juste derrière la France, avec 28,1%.
Sanofi est tout autant «français» que Total (15,5% détenus par des actionnaires institutionnels Français) ou que Peugeot, qui d’ailleurs le sera encore bien moins à l’issue du mariage «entre égaux» avec Fiat-Chrysler (FCA). Une union validée, là encore par le gouvernement français, qui s’est empressé de rassurer la population quant au fait qu’il serait «particulièrement vigilant» au sujet de l’emploi. Tel est le constat implacable dans un pays dont les élites politiques ne veulent plus avoir à gérer des entreprises et les risques inhérents à cette activité.