Visite de la maison de Krim Belkacem : Sur les traces du héros de la révolution du 1er novembre 54
À l’occasion du 18 octobre, date marquant l’anniversaire de l’assassinat de l’un des architectes de la Révolution de Libération Nationale et un de ses principaux dirigeants militaires et politiques, Krim Belkacem, « Echorouk Online » s’est rendu dans la wilaya de Tizi Ouzou pour visiter la demeure de cet emblématique héros.
Krim Belkacem est né le 14 décembre 1922, dans le village de Tizra Aissa, daïra de Draâ El Mizan. De là en diplomate, il part pour Évian, afin de négocier avec les plus hauts diplomates français.
Il a participé aux négociations d’Evian en mars 1962 en tant que chef de la délégation algérienne, après avoir déposé le fusil de moudjahid, qu’il n’avait pas hésité à dresser contre le colonialisme français depuis 1947, lorsqu’il avait choisi de quitter la chaleur de son foyer pour rejoindre les forêts froides des montagnes du Djurdjura, aux côtés de ses compagnons tels qu’Amar Ouamrane, Mohammed Talah, Mohamed Arab, et bien d’autres.

La pièce où est né Krim Belkacem dans la maison familiale devenue un musée. Photo: Madjid Serrah
Krim Belkacem a été parmi les premiers à croire en l’indépendance de l’Algérie, ce qui l’a poussé à préparer la Révolution. Il était membre du « Groupe des Six », initiateur du déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954, et l’un des fondateurs du Front de Libération Nationale.
Il a également contribué à l’organisation et à la structuration des moudjahidines dans la région de Kabylie, dont il est devenu l’un des principaux dirigeants avec le grade de colonel. Dès la nuit du 1er novembre 1954, Il a mené, à la tête des moudjahidines, des opérations militaires contre les forces coloniales françaises dans la région.
Après la création du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), Krim Belkacem a assumé plusieurs fonctions ministérielles, dont celles de ministre de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur.

Un portrait de Krim Belkacem accroché dans la maison familiale transformée en musée. Photo: Madjid Serrah
Bien qu’un demi-siècle se soit écoulé depuis sa mort, cet homme continue toujours d’influencer et d’inspirer la jeunesse de ce paisible village de Tizra Aissa.
Krim Belkacem, comme l’explique Redouane Krim, un jeune membre de la famille : « représente un modèle pour tout jeune ayant grandi dans une région reculée, où les circonstances ne déterminaient pas son identité ou sa personnalité. » À travers son combat militaire, Krim Belkacem a incarné la résistance, le refus de la soumission, l’amour de la patrie et la fierté d’y appartenir. Il symbolisait le sacrifice ultime pour que l’Algérie reste libre. Par son engagement politique et ses négociations pour l’indépendance, il a montré aux jeunes générations et post indépendance, l’importance de maîtriser les langues, l’art du dialogue et de la prise de parole pour atteindre les objectifs et s’imposer. « Krim Belkacem était un homme sincère et minutieux dans tout ce qu’il faisait », souligne Redouane.
La maison familiale de Krim Belkacem, construite en 1900 avec des briques, des pierres et des tuiles, se trouve dans une zone montagneuse du village de Tizra Aissa, entre notamment les forêts de Sidi Ali Bounab et de Boumahni. La maison offre une vue panoramique sur les environs.

Entrée de la maison familiale de Krim Belkacem, transformée en musée. Photo : Madjid Serrah
Cette demeure, en plus d’être le lieu de naissance de Krim Belkacem, de sa sœur Saadia et de ses quatre frères — Mohamed, Saïd, Rabah et Arezki —, qui ont tous pris les armes contre le colonialisme français, a également servi de lieu pour d’importantes réunions révolutionnaires. Elle a également abrité ceux qui fuyaient l’oppression de l’armée coloniale, selon Mohamed, neveu de Krim Belkacem, qui s’est exprimé auprès de « Echorouk Online ».
La maison a été le théâtre de réunions secrètes de la Révolution, où se rassemblaient des figures telles que Rabah Bitat, Moustafa Ben Boulaïd et Amirouche Aït Hamouda, sous la haute surveillance des villageois qui garantissaient leur sécurité. Parmi les réunions marquantes tenues dans cette maison figure celle de janvier 1959, qui a réuni les dirigeants de l’Armée de Libération Nationale, dont le colonel Amirouche, Ahmed Bougara et Si El Haouès.

Cour de la maison familiale de Krim Belkacem, transformée en musée. Photo : Madjid Serrah
Après avoir eu vent de cette réunion secrète, l’armée coloniale a élaboré un plan pour arrêter les dirigeants révolutionnaires et a envoyé ses troupes dans la région. Mais la vigilance des moudjahidines a permis de déjouer ce plan, et une bataille a éclaté entre les deux camps au lieu dit « Bougarfan » de la même commune, le 6 janvier 1959. Ce fut l’une des plus grandes batailles de la Révolution, marquée par la supériorité numérique et militaire des troupes françaises, qui utilisèrent des armes interdites comme le napalm. Les survivants de ce village portent encore les stigmates de ces brûlures. Pourtant, cette bataille héroïque a contribué à aracher l’indépendance.
Aujourd’hui, la maison de Krim Belkacem a été transformée en musée après sa réhabilitation en 2000. En 2009, elle a été classée patrimoine national, témoignant du fait que cette terre a combattu le colonialisme, même avec ses arbres et ses pierres.
Madjid Serrah