La sauvegarde des Zaouïas aurait pu éviter l’émergence de nouveaux prophètes
Echorouk organisait mardi une rencontre autour des zaouïas, avec la participation des cheikhs des zaouïas actives de la région et d’ailleurs. Ces derniers ont mis l’accent sur le rôle des confréries dans la société algérienne depuis des temps reculés et ont soulevé les problèmes qui menacent leur survie après avoir résisté durant des siècles à toutes les vicissitudes. Les participants à la rencontre s’accordent à dire que la mise en œuvre d’un statut juridique des zaouïas pourra protéger les références religieuses des algériens qui sont constamment assaillies.
- Les cheikhs des zaouïas de Kabylie ont demandé à entamer des démarches juridiques dans l’intérêt des étudiants afin que ces centres puissent perpétuer leur travail dans le but de protéger l’identité nationale et les références religieuses algériennes. Les intervenants ont insisté sur les nouvelles conditions imposées par le ministère des affaires religieuses aux candidats aux concours de recrutement des imams. Ces conditions ont exclu les lauréats des zaouïas qui auparavant étaient les seuls concernés par ces concours.
- Cheikh Ait-Adjlat de Tamourqa, a soulevé le problème de l’absence de certificats et attestations pour les lauréats des zaouïas, ce qui démotive les jeunes qui préfèrent alors s’orienter vers les centres de formation professionnelle ou les écoles privées qui avec ces documents leur donnent l’espoir d’une opportunité d’emploi. Cheikh Nour de la Zaouïa de Sidi Abderrahmane Ethaalibi, qui est à la tête de 160 étudiants sur la fin de leur parcours, a évoqué le même problème qui a mis fin à l’enthousiasme dans sa communauté. Selon Mohamed Ettaib, traducteur de l’exégèse du Coran en Kabyle, l’appréhension a gagné les parents qui se sont adressés au cheikh par ces mots : «Garantissez l’avenir de nos enfants et nous vous confierons leur éducation».
- Il est notoire que les zaouïas n’ont aucun statut qui précise les conditions d’accès, ni le sort des étudiants, des exclus du système scolaire qui ont rejoint les zaouïas pour rattraper leur retard et se préparer à l’imamat. Mais les récentes conditions de recrutement ne leur donnent aucune opportunité. C’est ce qui explique le choix de s’orienter vers des établissements qui sanctionnent les parcours par des documents reconnus, synonymes d’espoir de décrocher un emploi.
- L’exégète, Mohamed Tahar Ait-Adjlat, a demandé aux autorités de rétablir la considération pour les zaouïas pour leur rôle dans la formation. «Si les zaouïas avaient existé en Andalousie, les musulmans n’en seraient jamais partis», a-t-il déclaré, comme le premier ministre Ouyahia en parlant de la décennie noire a déclaré que «si nous avions conservé les zaouïas, il n’y aurait pas eu l’émergence de nouveaux prophètes».
- L’invité du forum a évoqué l’influence positive des zaouïas dans l’éducation des jeunes dispensant le savoir et la paix, endossant le rôle de tout un Etat avant et durant la colonisation et assumant l’instruction et l’éducation à l’instar de l’Etat. Les zaouïas qui possèdent les structures pour la pratique, ne se contentent pas de théorie mais astreignent leurs étudiants à l’application.
- Cheikh Ait-Adjlat se remémore l’époque coloniale où les zaouïas étaient opprimées et combattues. Les cheikhs ont été sommés de transmettre la Parole Divine sans interprétation. L’histoire et la géographie ont été interdites d’enseignement. Le cheikh se désole de ce que les jeunes n’affluent pas vers les Zaouïas car ils ne sont pas encouragés à devenir des citoyens efficients. «Si les autorités veulent que l’Algérie recouvre sa dignité, elles devront se soucier des zaouïas, ouvrir à leurs étudiants un avenir officiel, leur donner la chance d’un emploi officiel et ne pas les marginaliser», a proposé Ait-Adjlat.
- Il y a eu également l’intervention de Cheikh Maemoune El Kacimi, et celle d’Ait Souki Mohammed Akli qui a évoqué le rôle de médiation que joue la zaouia. Pour sa part, Cheikh Salah est revenu sur les aléas des zaouïas en Kabylie durant la colonisation. Les occupants avaient trois priorités selon le cheikh, lutter contre la langue, l’histoire et la religion, et comme les zaouïas sont les centres de conservation de ces trois piliers, les français ont combattu ces zaouïas.
- Ali Fodhil, le directeur général d’Echorouk a lui souligné le rôle des zaouïas en Kabylie dans la réconciliation entre des antagonistes et le règlement des différents à l’amiable selon les préceptes de l’Islam. Il a indiqué que quelles que soient les valeurs morales et la noblesse de la société algérienne, il existe des conflits qui nécessitent pour leur règlement, l’intervention des zaouïas qui continuent de jouer leur rôle dans la société. C’est ce rôle, très important, qu’il faudrait revaloriser en le cultivant et en léguant les valeurs et les principes des Zaouïas aux générations futures pour que la société s’abreuve aux sources de la morale et de l’authenticité, bien que ces zaouïas aient subi plusieurs tentatives d’anéantissement, mais elles ont survécu en dépit de leurs faibles moyens.