Le privé se désintéresse de l’ouverture de l’université!
En dépit des nombreuses justifications du ministre de l’enseignement supérieur soutenant que l’ouverture du secteur n’est pas synonyme de la privatisation de l’université, tous les milieux de la presse savent de façon officielle que la tutelle veut l’ouverture. Alors pourquoi ces contradictions et que signifient-elles réellement ?
- L’ouverture du secteur de l’enseignement supérieur aux privés signifie que tous ceux qui répondent aux conditions financières et pédagogiques fixées peuvent créer des facultés et des universités sur le territoire algérien. A ce stade, nous saisissons la démarche du gouvernement qui appréhende les conséquences qui pourraient découler d’une telle initiative, surtout si l’on tient compte des résultats non encourageants de l’ouverture aux privés de l’éducation préparatoire, du primaire, du moyen et du secondaire.
- Ces conclusions nous amènent à réfléchir à l’origine de l’idée même. Est-ce un aveu tacite de l’échec de l’enseignement officiel, relevant de l’Etat, à constituer un réservoir de compétences qui alimente en cadres les entreprises nationales dans tous les domaines. Cet enseignement a-t-il réussi à élever le niveau culturel et académique ?
- En abordant la question de la privatisation, le gouvernement reconnaît-il que l’Etat ne peut tout seul assurer un enseignement de qualité ? Et cette privatisation, signifie-t-elle nécessairement la transformation de l’enseignement supérieur en produit ou phénomène commercial, avec toutes les conséquences fâcheuses qui peuvent en découler…
- Le problème de l’équivalence des diplômes des instituts privés qui ne sont pas conventionnés avec les universités a été résolu à travers la nouvelle loi d’orientation, qui fait que les diplômes délivrés par les futurs établissements privés érigés conformément à la loi seront reconnus. Cette nouvelle équation n’a pas encouragé les privés et les hommes d’affaires à investir dans le secteur universitaire. Le département de Harraoubia n’a en effet reçu aucun dossier de demande d’ouverture d’un établissement privé d’enseignement supérieur. L’ouverture du secteur reste ainsi au stade d’idée soutenue par un cadre juridique qui fixe des conditions dans ce sens, comme la nationalité, l’encadrement par des professeurs qualifiés, un capital social au moins égal à celui exigé pour l’ouverture d’une SPA ainsi que l’insistance sur le respect de l’identité nationale et les spécificités culturelles et religieuses, alors que les établissements publics ne peuvent en aucun cas être privatisés.
- Même si le secteur n’attire pas les capitaux, l’idée d’ouvrir l’université algérienne à l’investissement privé avec cette loi à l’appui suscite encore des appréhensions. Le gouvernement permettra t-il réellement aux privés arabes ou étrangers plus généralement d’investir le secteur de l’enseignement supérieur ?
- Si la décision de privatisation constitue une reconnaissance de l’incompétence de l’enseignement supérieur officiel, le gouvernement mettra t-il à la disposition des capitaux, l’élite qui a les moyens d’assurer un enseignement de qualité à ses enfants ? Ou peut-être que cette décision obéit-elle aux exigences de l’économie de marché…