Libye: le pétrole 1ère priorité des rebelles
Relancer la machine pétrolière à l'arrêt et au passage récompenser leurs alliés occidentaux: le pétrole va être la première priorité des rebelles libyens en passe de renverser le régime Kadhafi, au-delà des divergences politiques, soulignent des experts de l'or noir arabe.
« N’importe quel pouvoir, même s’il venait de la planète Mars, saura qu’il faut absolument faire repartir la machine pétrolière dont tout le reste dépend sur le plan économique, social et donc largement politique », résume à l’AFP Francis Perrin, du Centre Arabe d’Etudes pétrolières basé à Paris. La production de pétrole, qui a chuté sous les 4% de son niveau d’avant le conflit, représente en temps normal 95% des revenus d’exportation de la Libye, selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Pour Mathieu Guidère, spécialiste des pays arabes à l’université de Toulouse-II et auteur de l’ouvrage « Le choc des révolutions arabes », aucune dissension politique entre les rebelles ne pourrait remettre en cause la priorité du redressement pétrolier. « La Libye ne peut pas vivre sans pétrole, et donc le robinet qui va être ouvert le plus rapidement c’est celui là. Autant il peut y avoir des débats sur le reste, mais sur le pétrole ce n’est pas possible », dit-il. Les experts pétroliers s’accordent à dire qu’il faudra un an dans le meilleur des cas, et probablement deux dans la réalité, pour que la Libye retrouve son niveau de production d’avant le conflit. Il faudra certainement réparer et il faut de toute façon plusieurs mois pour relancer des champs fermés, souligne M. Perrin. Face à cette urgence, les rebelles devraient renoncer à un grand chamboule-tout des anciens contrats, même s’ils ne devraient pas oublier leurs alliés occidentaux (France, Royaume-Uni, Etats-Unis, Italie) et arabes (Qatar) dans la reconstruction et pour les juteux nouveaux contrats d’exploitation qui se dessinent. « Le Conseil national transitoire (CNT) a fini par indiquer qu’il respecterait tous les contrats passés, donc une bonne part de la production actuelle est déjà préemptée », explique Mathieu Guidère. « Mais ce qui est intéressant, c’est que le pétrole libyen est sous-exploité par rapport aux ressources du pays », souligne ce professeur. Disposant de très loin des premières réserves de pétrole d’Afrique, la Libye n’était même avant la révolution que le quatrième producteur du continent (derrière le Nigéria, l’Angola et l’Algérie), un héritage des deux décennies 1980 et 1990, durant lesquelles le régime de Kadhafi était paria. Or le CNT a évoqué l’attribution à la France, en pointe dans les frappes internationales en Libye, de quelque 35% des nouveaux contrats pétroliers, comme rétribution pour la coûteuse intervention militaire française, souligne M. Guidère. Mais pour Francis Perrin, qui ne s’attend pas une grande redistribution géopolitique avant 2013, il faut se méfier des promesses faites durant le conflit. « On est quand même dans un business et je pense que l’expérience montre que cela pèse d’un poids beaucoup plus grand que les déclarations politiques du type +vous verrez, quand nous serons au pouvoir, vos entreprises crouleront sous les contrats+ », tempère-t-il. Signe que le changement de régime est perçu comme une bonne nouvelle pour le secteur, le cours de l’action du pétrolier français Total prenait près de 4% à la Bourse de Paris lundi après-midi, tandis que l’italien Eni, également très présent en Libye, a bondi jusqu’à 7%. Très léger et peu chargé en soufre, le pétrole libyen a aussi l’avantage d’être un des plus facile à transformer. « L’enjeu gazier est important aussi, il y a des milliards qui ne sont plus exportés vers l’Italie », souligne Guy Maisonnier, ingénieur économiste à l’IFP Energies nouvelles. « Quel que soit le régime, il aura besoin d’exporter. Et cela se fera avec le soutien des compagnies internationales », dit-il.