Mohamed Sakri : « J’ai 2000 heures de vol avec les présidents de la République »
Mohamed Sakri est l’un des pilotes les plus expérimentés en Algérie. Cet homme a consacré 32 ans de sa vie aux commandes d’avions présidentiels. 2000 heures durant à commencer par Chadli, Boudiaf, Ali Kafi et Liamine Zeroual.
Echorouk : « Cap’tain Sakri », comment avez-vous ete sélectionné pour piloter l’avion présidentiel et en quelle année ?
Sakri : Moi, je suis un pilote militaire parmi tant d’autres qui ont été formés dans de grandes écoles européennes en commençant par Amsterdam (Pays-Bas) en 1978 où j’avais obtenu une autorisation de pilotage. C’était donc à l’époque de Boumediene qui veillait à ce que les pilotes algériens aient la plus performante des formation. En 1981, je suis revenu pour travailler à l’ École d’aviation militaire de Tafraoui à Oran où j’avais été sélectionné comme commandant de bord de l’avion du président Chadli.
Echorouk : Comment avez-vous vécu ces moments ? Avez-vous imaginé de devenir un jour le pilote du président de la République ?
Sakri : Je tiens à vous rappeler que je côtoie tout le monde et parle à toutes les personnes, car un pilote doit avoir un bon comportement et avoir de bonnes mœurs avant d’avoir cette qualification ou attestation. Je suis suis un fils de fellah, j’aime mon pays et je me consacre pour servir le pays d’un million et demi de martyrs.
Echorouk : Qu’elle était votre relation avec les présidents ? Et avec qui, vous avez voyagé le plus ?
Sakri : J’ai voyagé avec l’ancien président Chadli dans ses sorties officielles nationales et internationales, comme ce fut le cas avec d’autres présidents. C’était avec Liamine Zeroual avec qui j’avais beaucoup voyagé car ce président, en dépit de ses quelques années au pouvoir, a tout fait pour conserver l’image du pays et ses relations diplomatiques avec d’autres États. Malgré l’embargo qui a été imposé à notre pays, nous avons voyagé dans plusieurs pays pour faire entendre la voix de l’Algérie, en Chine, aux Émirats, en Égypte, ainsi qu’en Afrique du Sud. Je rappelle que Liamine Zeroual prend souvent l’initiative de saluer les membres d’équipage de l’avion.
Echorouk : Comment avez-vous ressenti la nouvelle de l’assassinat de Mohamed Boudiaf à Annaba ?
Sakri : J’ai été profondément touché par l’assassinat de Mohamed Boudiaf à Annaba. Je passais mon congé dans cette wilaya qui est ma ville natale. J’étais touché par son assassinat, non pas parce qu’il était président de la République mais parce que j’étais parmi les membres d’équipage qui l’accompagnaient dans ses sorties. Nous en tant que pilotes et citoyens avons passé des moments très durs. Nous prions à chaque fois le Bon Dieu à ce qu’il protège notre pays.
Echorouk : Vous étiez pilote d’avion de Liamine Zeroual à une époque marquée par plusieurs assassinats commis contre des membres des forces constituées ainsi que les politiques et les journalistes. Comment avez-vous vécu ces moments ?
Sakri : Effectivement ! D’ailleurs, je ne veux surtout pas me rappeler ces jours–là. Mais, on était préparé pour cela, apprendre à piloter un avion de nuit tous feux éteints, en prévision d’attaques terroristes ou en cas de détournement, pour protéger la vie du Président .