Salem Zaher: « Les États puissants protègent le régime syrien au profit de la concrétisation du projet sioniste »
En dépit de l’entrée en vigueur de la décision portant des sanctions économiques contre la Syrie, le porte-parole des Frères musulmans syriens à Londres, Salem Zaher estime que l’action de la Ligue arabe est encore faible et que l’impact des ses sanctions prises à l’encontre du régime syrien serait limité. Dans cette interview accordée à Echorouk, Salem Zaher a dit que les grands États cherchent à trouver un autre régime qui succèdera à celui de Bachar al-Assad, mais ce régime, selon lui, doit être en mesure de protéger la frontière avec Israël au Golan.
Echorouk : Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle en Syrie ?
Salem Zaher : Le combat en Syrie est un combat visant à briser les volontés. Le régime en place est déterminé à briser la volonté du peuple en maintenant la politique du despotisme. Tout ce qui a été dit au sujet des réformes en Syrie, n’est qu’un mensonge et ne repose sur rien, car tout changement effectif et même partiel conduira à la chute du régime. C’est pourquoi d’ailleurs, Bachar a évité d’engager des réformes de crainte de perdre son trône hérité de son père Hafez. Quant au peuple syrien, il est de son côté déterminé d’aller jusqu’au bout de sa révolte, même s’il sait que l’addition à payer serait très chère.
La férocité du régime syrien et l’usage de toute forme de violence afin d’opprimer la révolte de la rue a poussé de nombreux citoyens à ne pas se mêler dans le conflit, opposant le régime en place aux manifestants. C’est ce qui se résume dans la répression exercée par les forces de Bachar al-Assad contre le peuple en deux axes : briser la volonté des contestataires et empêcher d’autres forces par la terreur à prendre part à la révolte populaire que connaît le pays depuis plusieurs mois.
Étant un citoyen parmi tant de Syriens ayant souffert pendant de décennies de ce régime, je dois être optimiste et militer en faveur de la justice et de la liberté dans mon pays.
Echorouk : Quel est votre position quant aux sanctions économiques décidées par les États arabes contre la Syrie ?
Salem Zaher : Nous pensons que c’est l’entêtement du régime qui lui a coûté de telles sanctions. Nous voyons que ces sanctions n’auraient qu’un impact limité, car la libération de la Syrie dépendra des sacrifices des Syriens.
Echorouk : Pensez-vous qu’il y a divergence entre les attitudes des États arabes sur ce qui se passe en Syrie ?
Salem Zaher : Lorsqu’on apprend que 19 États sont aux côtés du peuple syrien, et que deux ou trois sont contre, cela signifie qu’il n’y ait pas de divergence, d’autant plus qu’on savait bien la position de l’Irak et du Liban.
Echorouk : Comment expliquez-vous les menaces de Qatar quant à l’internationalisation de la question syrienne ?
Salem Zaher : Je ne pense pas que ce sera le Qatar derrière cette internationalisation, mais plutôt l’opiniâtreté du régime d’al-Assad.
Echorouk : Comment jugez-vous la position de la Turquie ?
Salem Zaher : La Turquie est un pays voisin de la Syrie, d’où la situation en Syrie aurait des répercussions sur la Turquie. La Turquie, qui a suivi l’opiniâtreté du régime contre l’opposition et son refus à toute réforme depuis 2006, a appelé au départ d’al-Assad. En effet, la position de la Turquie demeure loin de ce qui a été attendu d’elle.
Echorouk : D’après vous, pourquoi le régime en place s’accroche-t-il au pouvoir contrairement à la Libye où d’éminentes personnalités politiques et militaires ont fait défection ?
Salem Zaher : La composante du régime libyen diffère de celle de la Syrie, mais nous ne croyons pas que la chute du régime tarderait…
Echorouk : Est-il vrai que des forces étrangères seraient derrière ce qui se passe dans la région arabe?
Salem Zaher : C’est ce qu’a avancé le régime syrien. L’hésitation de la communauté internationale de traiter cette affaire prouve le rôle effectif du régime en place. A l’heure actuelle, aucun régime n’a été encore trouvé pour succéder à ce régime, sinon qui va protéger la frontière au Golan et laisser les sionistes profiter du sol et des eaux du Golan sans qu’il y ait eu d’opposition depuis 40 ans durant.
Echorouk : Comment voyez-vous une sortie pacifique de la crise qui secoue le pays depuis mars dernier ?
Salem Zaher : Bachar al-Assad a épuisé toutes ses chances qui lui ont été offertes. La parole aujourd’hui est aux jeunes, dont ces derniers ne voient pas d’autre solution pour sortir de la crise que le départ du régime en place.