Syrie : l'offensive de l’armée se poursuit à la frontière turque
L'offensive de l'armée syrienne contre la rébellion hostile au parti Baas au pouvoir depuis 48 ans s'est poursuivie mardi près de la frontière avec la Turquie, qui doit faire face à un exode inédit de réfugiés syriens.
Après avoir appréhendé des centaines de personnes dans les villages de la ville rebelle de Disjir al Chougour, les troupes syriennes épaulées par des chars et des avions ont poussé leur avantage dans la journée, accentuant l’exode des Syriens vers la frontière turque. Aujourd’hui, on estime à plus de 8.500 le nombre de Syriens qui, en quelques jours seulement, ont fui en Turquie la répression impitoyable du régime du président Bachar al Assad, dont le clan familial alaouite gouverne d’une poigne de fer. Des milliers d’autres vivent dans des conditions précaires dans les zones syriennes rurales frontalières, où la pluie battante ne fait qu’aggraver leur situation de réfugiés intérieurs. La plupart sont originaires de Djisr al Chougour, située à seulement 20 km de la frontière turque, où, selon Damas, 120 membres des forces de sécurité ont été tués il y a dix jours par des « bandes armées ». Selon de nombreux opposants, les combats ont en fait opposé les troupes fidèles à Bachar Al Assad à des militaires qui refusaient d’ouvrir le feu sur la foule des opposants. L’armé régulière a repris le contrôle de la ville rebelle dimanche et semble désormais se diriger vers Maarat al Noumane, entre Alep et Hama, sur l’axe principal nord-sud menant à Damas. Osmane al Bedeïoui, professeur de pharmacie dans cette ville, a déclaré à Reuters que des hélicoptères avaient transféré des troupes dans le camp d’Oued al Deïf, non loin de là. « Nous avons rencontré le gouverneur aujourd’hui et il nous assuré que l’armée n’entrerait que pour arrêter 360 personnes figurant sur ses listes, mais les gens de Maarat son sceptiques. Mon nom est sur la liste alors que je n’ai jamais porté un arme de ma vie », a-t-il précisé. Le régime syrien, qui a banni la plupart des médias internationaux, rendant difficile la vérification indépendante des événements, impute à des puissances étrangères hostiles les troubles sans précédent que connaît Bachar Assad depuis qu’il a succédé à son père Hafez en 2000. Du côté turc, quatre camps de réfugiés ont déjà été installés et d’autres sont programmés si cet exode de Syriens continue. Selon l’agence de presse Anatolie, 8.538 réfugiés ont franchir la frontière, dont plus de la moitié sont des enfants. Les organisations de défense des droits de l’homme font état de 1.300 morts dans les troubles en Syrie depuis le mois de mars, dont près d’un cinquième, selon l’observatoire syrien des droits de l’homme, seraient des militaires et des policiers. La campagne contre la répression en Syrie est menée au Conseil de sécurité de l’Onu par Paris et Londres, mais la Russie et la Chine, qui disposent aussi d’un droit de veto, s’opposent à toute résolution mettant Damas sur la sellette. Pour leur part, les Etats-Unis, qui ont dénoncé les « actes barbares » commis à Djisr al Chougour, ont sommé Assad de présider à une libéralisation de son régime ou bien de quitter le pouvoir. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, estime de son côté que le gouvernement syrien a réagi par des « attaques horribles » au désir de changement de son peuple et que la situation dans ce pays est pour lui un motif de « grande préoccupation ». Au Conseil de sécurité, la France, qui parraine une résolution condamnant la répression avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Portugal, a incité le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, sceptiques, à voter le texte.