Vaste opération médiatique du régime syrien
Un nouvel épisode de la guerre médiatique que se livrent le pouvoir et l'opposition en Syrie s'est ouvert mercredi.
Des « centaines de milliers » de personnes ont manifesté sur l’autoroute entre le quartier résidentiel de Mazzeh, dans l’ouest de la capitale, et le centre de la ville, autour d’un drapeau syrien de 2,3 km de long.
Des images de la télévision ont montré de nombreux manifestants brandissant des images du chef de l’État et des drapeaux de la Syrie et en entonnant des chants patriotiques. « Avec notre âme et notre sang, nous nous sacrifions pour toi, Bachar » ou « Dieu, la Syrie, Bachar », ont-ils aussi scandé dans une ambiance de fête.
Au même moment, le régime conduisait la presse dans la ville meurtrie de Jisr al-Choghour, quasi déserte depuis une semaine en raison des combats qui s’y déroulent. Ils ont montré aux journalistes cinq cadavres reposant à proximité de ce qu’ils ont défini comme une « deuxième fosse commune ».
« Certains sont défigurés, des corps ont des membres coupés, le crâne brisé », a déclaré le médecin légiste Zaher Hajo. « Il est clair qu’ils ont été torturés avant d’être tués [il y a une dizaine de jours] », a-t-il estimé.
Un homme, qui a été présenté comme « ayant participé au massacre du QG [quartier général] de la Sécurité », le 6 juin, a affirmé que les victimes étaient mortes « lors de la tuerie » qui, selon les autorités, a fait 120 morts parmi les policiers. Les opposants, déserteurs et réfugiés contestent cette version des faits, et l’interdiction des journalistes de se rendre sur le terrain empêche la vérification de ces allégations.
Situation humanitaire critique
Plus de 8500 Syriens ont trouvé refuge dans des camps du Croissant-Rouge en Turquie et quelque 5000 autres ont trouvé asile au Liban.
Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a exhorté Damas mardi à établir d’urgence un calendrier des réformes. Il a estimé que le régime syrien s’est rendu coupable d’atrocités et a qualifié sa répression d’inacceptable. Un émissaire du président Al-Assad devrait être reçu mercredi par M. Erdogan.
Damas refuse toujours de laisser des travailleurs humanitaires en Syrie, comme le demandent les Occidentaux.
Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a condamné mercredi la répression de la révolte populaire pour la démocratie en Syrie. Il a rapporté des exécutions sommaires, des arrestations massives et « arbitraires » et un emploi « excessif » de la force et de la torture depuis le début de la contestation contre le régime au pouvoir depuis près d’un demi-siècle.
Selon des ONG et l’ONU, la répression en Syrie a causé la mort de 1200 personnes et a entraîné quelque 10 000 arrestations.