Abderrahmane Chelguem : « Je ne cherche pas le pouvoir. Je veux un État libyen libre et indépendant »
Interviewé pour la première fois par un journal algérien, Abderrahmane Chelguem, député libyen à l’Onu a dit que Mouammar Kadhafi avait tenté de semer de la « fitna » dans le sud algérien et de soutenir les Touareg pour fonder un État pour ces derniers dans le Sud algérien, au nord du Mali et du Niger.Il convient de souligner qu’en 2007, Echorouk avait parlé de la conspiration de Kadhafi sur l’Algérie et son souhait de créer un Etat de touareg au sud de l’Algérie. A la parution de l’article sur le quotidien Echorouk, Mouammar Kadhafi avait déposé plainte contre l’entreprise.
Abderrahmane Chelguem : Ce qui se passe sur le terrain démontre que l’opposition gagne du terrain. Les opposants au pouvoir prennent le contrôle des villages et villes de la région du mont-bleu située au sud de Tripoli, les insurgés de Misrata avancent vers Zlitan. Mouammar Kadhafi est demandé par la Cour pénale internationale (CPI) pour ses crimes contre l’humanité qu’il a commis. Il est sous pression militaire internationale.
Echorouk : Comment imaginez-vous la fin de Kadhafi ?
Abderrahmane Chelguem : Je crois qu’il va fuir le pays.
Echorouk : Mais à l’heure actuelle les brigades sécuritaires du pouvoir résistent face aux raids aériens de l’Alliance atlantique. Quel est ce secret ?
Abderrahmane Chelguem : Les brigades sécuritaires souffrent de cassures internes notamment à Tripoli. D’ailleurs, plusieurs personnalités du gouvernement ont démissionné face à la répression sanglante du régime.
Echorouk : Y a-t-il d’initiatives pacifiques évitant l’effusion de sang face à l’insistance de Kadhafi de continuer de tirer sur les manifestants ?
Abderrahmane Chelguem : Il n’y aucune sortie de crise sans le départ de Mouammar Kadhafi.
Echorouk : Quel est votre commentaire sur la reconnaissance du CNT par la Tunisie ?
Abderrahmane Chelguem : Dès le début, la Tunisie avait soutenu le peuple libyen. Elle est le leader dans le vent de changement qu’a connu le monde arabe. Nous avons d’étroites relations avec le peuple tunisien et des liens sociohistoriques. Le peuple tunisien a également accueilli les civils libyens qui ont fui le pays ainsi que les insurgés.
Echorouk : Sur quelle base, avez-vous déclaré que Kadhafi ne peut pas résister plus d’un mois ?
Abderrahmane Chelguem : Le peuple libyen ne veut pas de Kadhafi. Le 27 juin, ce dernier ne deviendra qu’un criminel de guerre. Quant à l’OTAN, elle ne réagit qu’après avoir reçu des ordres du Conseil de sécurité de l’Onu. Kadhafi a presque tout perdu, la région de mont-ouest toute entière, Misrata et l’est du pays ne contrôle plus la capitale, Tripoli. Il n’est soutenu que par sa famille, sa tribu et ses mercenaires.
Echorouk : L’Alliance atlantique a est chargée de protéger les civils en Libye. Mais en réalité plusieurs sont tombés suite à des raids aériens de l’Otan. Avez-vous pris, à ce propos, une décision pour avertir les forces de coalition ?
Abderrahmane Chelguem : Qui tue les Libyens depuis trois mois ? Qui a détruit la ville de Misrata ? Qui a violé des Libyennes à Benghazi ? Ce sont bel et bien Kadhafi et ses forces loyalistes. N’était-ce pas l’intervention de l’Otan le 31 mars dernier, Benghazi serait rasée et ses habitants seraient anéantis.
Echorouk : Portez-vous candidat à succéder à Mouammar Kadhafi ?
Abderrahmane Chelguem : Moi, je ne cherche pas le pouvoir et je veux un État libyen libre et indépendant.
Echorouk : Comment imaginez-vous les futures relations entre la Libye et l’Algérie ?
Abderrahmane Chelguem : Ceci dépendra du gouvernement algérien.
Echorouk : Un journal italien a rapporté que vous étiez derrière les accusations contre l’Algérie pour le transfert de mercenaires en Libye ?
Abderrahmane Chelguem : Je n’ai jamais dit ça au journaliste italien. Je lui avais dit que je connais plus de détails sur cette question. D’ailleurs, je n’ai jamais prononcé un mot touchant à la dignité de l’Algérie que j’aime beaucoup.