Al-Hattar prêt à négocier avec Ben Laden
Dans cet entretien avec Echorouk, Hamoud Abdelhamid Al-Hattar, ministre yéménite des Waqf, président de la commission du dialogue avec les éléments rigoristes insiste sur l’importance du dialogue comme solution préalable à l’intervention de la sûreté. Il considère que les personnes influencées par les idées d’Al-Qaïda se distinguent par une foi inébranlable, mais ont une vision erronée de certaines connaissances.
- Al-Hattar se dit prêt à dialoguer avec le chef de l’organisation d’Al-Qaïda, Oussama Ben-Laden et capable de le convaincre de renoncer à ses idées austères.
- E: Vous présidez une commission de dialogue avec les éléments rigoristes hors-la-loi. Pourquoi avoir privilégié le dialogue ?
- Al-Hattar : Le dialogue est une science régie par des règles, qui, si elles sont appliquées, donnent aisément les résultats escomptés. De ces règles, nous pouvons définir l’orientation du dialogue, son contenu, ses références. Vient ensuite le choix du lieu, de l’heure et des interlocuteurs, puis la création de conditions favorables, le choix de la méthode et l’abandon de tout préjugé. Le dialoguiste se doit de rechercher la vérité, de respecter l’opinion d’autrui, d’être courtois, modeste et patient et ne pas verser dans l’ironie.
- E: Jusqu’à quel point la commission a-t-elle réussi ?
- Al-Hattar : Beaucoup d’analystes, de chercheurs et de personnes préoccupées par la lutte contre le terrorisme s’accordent à dire que le Yémen a réalisé à travers le dialogue, qui est un des piliers de la politique yéménite, une victoire estimée à 98%.
- E: Depuis la fin 2002 au milieu de 2006, le Yémen n’a connu aucune attaque terroriste. Mais depuis, on constate une recrudescence de ces actes. A quoi est-elle due ?
- Al-Hattar : A l’époque, la politique du Yémen dans la lutte anti-terroriste, était basée sur le dialogue. Ensuite cette politique a été remaniée donnant la priorité à la solution sécuritaire, le dialogue venant en seconde position. Hélas, les attaques terroristes se sont accrues car la violence ne peut engendrer que la violence.
- E: Avez-vous entamé les discussions avec les éléments rigoristes qui fuient la justice comme ceux d’Al-Qaïda?
- Al-Hattar : Les portes du dialogue sont ouvertes et nous en tant que commission, nous n’avons fait aucune déclaration ou invité ces personnes au dialogue jusqu’à présent car ce n’est pas de nos prérogatives. Mais je pense que le moment est venu de dialoguer et nous les y invitons par votre biais à la discussion sur leurs idées en se référant au Coran et à la Sunna. Nous sommes prêts à discuter avec Oussama Ben-Laden que nous pouvons convaincre que la voie qu’il a empruntée est erronée et que les actes terroristes qu’il perpètre n’oeuvrent ni pour l’Islam, ni pour les musulmans.
- E: Pensez-vous que Ben-Laden possède un puissant argument qui le pousserait à discuter avec vous ou avec une quelconque commission ?
- Al-Hattar: C’est le leader de l’organisation d’Al-Qaïda, nous pouvons différer ou être d’accord sur certains points. Mais nous avons la possibilité de le convaincre de renoncer à la voie où il s’est engagé car elle ne profite point aux musulmans. Je le conjure de retourner vers Dieu. Toutes les opérations terroristes qui ont eu lieu dans le monde, inspirées de ses idées et grâce à son financement seront le fardeau qu’il assumera.
- E: Etes-vous toujours en rapport avec les repentis d’Al-Qaïda?
- Al-Hattar : Je le dis franchement à travers votre journal; ceux avec qui nous avons discuté et qui ont été persuadés par l’issue des discussions, n’ont pas reviré vers l’extrémisme et respectent les clauses du dialogue. Ceux qui ont été graciés sont surveillés par les services de sécurité durant une période allant de une à deux années et soumis à un contrôle idéologique par les membres de la commission du dialogue ou par des exégètes réputés pour leur modération et leur sagesse.
- E: Est-ce que le dialogue se poursuit avec les personnes connues pour leur durcissement idéologique et doctrinal quelque soit l’organisation à laquelle ils appartiennent ?
- Al-Hattar : Le dialogue est partie intégrante de la politique yéménite et ses portes sont ouvertes à tous, quelques soient leurs idées extrémistes ou l’organisation de laquelle ils se revendiquent.
- E: Comment avez-vous pu dialoguer avec des parties antagonistes (Al-Qaïda et Al-Haouthia) alors que toutes les deux professent des idéologies différentes ?
- Al-Hattar : Les deux organisations ont des idéologies originelles.
- Al-Qaïda se base sur deux principes essentiels: excommunier les gouvernements islamiques et combattre les non musulmans. L’idéologie haouthia se base aussi sur deux principes: le droit divin sur le savoir et le droit divin sur la gouvernance; ils pensent être les élus de Dieu qui leur accorde, à eux seuls, le droit au savoir et à l’héritage du Coran, l’explication et l’interprétation de Sa Sainte Parole. Les autres n’ont qu’à écouter et obéir. Les haouthia pensent également que Dieu a choisi une famille unique d’où seront issus les gouvernants. Les deux organisations se fondent sur des interprétations erronées des textes.