L’Algérie est l’unique pays sunnite qui fait de Achoura une journée chaumée et payée.
Une étude sociologique réalisée par les autorités françaises en 1958, a révélé qu’après le nom de Mohamed (QSSSL), les noms qui reviennent le plus souvent, parmi les Algériens, sont ceux d’Ali et de Hassan et housseine pour les noms masculins, et Fatéma Zahra pour les noms féminins. Si l’ère fatimide a laissé un ensemble d’us et de coutumes c’est, certainement, un héritage laissé par les pratiques sunnites auquel appartient le courant malékite. Des croyances, qui n’ont aucun fondement dans l’Islam, ont, certes, fait apparition dans la société algérienne à l’instar de refus d’organiser des fêtes durant les journées de Achoura qui est, quoique aucun texte religieux n’en a parlé, est vu comme de mauvaise augure.
Les Algériens, notamment ces dernières années, se rendent, de plus en plus, durant Achoura, aux tombaux des saints à l’image de ceux de Sidi el-Houari à l’ouest du pays. Ces pratiques se sont propagées avec la diffusion des chaînes orientales des visites des chiites des tombaux de Hassan et Ali Ibne Abou Taleb. Les Algériens se rendent aussi dans un nombre de tombaux de plusieurs saints à travers tout le pays et plus fréquemment à l’ouest.
Achoura, après l’avoir associée à l’un des cinq piliers de l’Islam qui est la Zakat, est devenue une journée très particulière en Algérie. A Constantine, en guise d’exemple, les pères de familles, plus au moins nombreuses, déboursent plus de 10 mille dinars dans les fruits secs. Ainsi des marchés et des boutiques remplacent les produits alimentaires habituels par ces fruits. L’influence de la culture turque, dans laquelle les hommes de la religion n’ont vu aucun inconvénient, est y, certes, omniprésente. La célébration dans cette ville commence par un plat traditionnel « T’rida » et finit avec la réunion des membres de la famille autour d’une grande assiette de fruits secs. La thèse selon laquelle la présence des juifs dans la ville a influencé les coutumes de la région est carrément fausse. En effet, des originaires de cette région ont confirmé à Echourouk que les fruits secs étaient vendus dans les quartiers arabes et turques et non pas dans les quartiers juifs. Ankara fête, d’ailleurs, l’occasion de la même façon que l’est de l’Algérie.
A El-Oued, un autre exemple, Achoura est aussi une date qu’on fête d’une manière imposante. Entre autres pratiques, l’on trouve le service, dans tous les foyers, du plat traditionnel qui est la « chakhechououkha », des enfants défilant et récitant les airs spécial Achoura et implorent Dieu de guérir les malades. L’on trouve aussi ce que les habitants de la région appellent « chaib Achoura », un homme portant une longue barbe blanche jouant à Hassan ben Ali ou au bienfaiteur qui se bat, devant une nombreuse foule, contre un homme portant un masque noir représentant les forces du mal. La bataille finit par la victoire de chaib Achoura. C’est là quelques côtés de la célébration d’El-Oued de cette journée.
Si beaucoup d’Algériens ignorent pourquoi l’on célèbre Achoura, personne ne sait pourquoi l’Etat algérien en a fait une journée férié. En effet, l’Etat a inscrit Achoura sur la liste des fêtes religieuses en 1963 sous le règne de Ben Bella, ce qu’il n’a pas fait avec de grandes dates dans l’Islam. Nous avons beau essayé de comprendre les motivations qui sont derrière la décision mais en vain. Des fonctionnaires de l’époque racontent qu’ils étaient en train de travailler le plus normalement du monde quand ils ont reçu des télex leur demandant de vider les écoles, et depuis Achoura est une journée chaumée et payée. Depuis, aucune critique d’un parlementaire ou d’un parti politique, même d’ailleurs les partis islamistes qui sont contre les pratiques d’Achoura, ne s’était faite entendre. L’étrange dans tout ça, c’est que l’Algérie soit le seul pays sunnite qui a fait de la journée d’Achoura une journée chaumée et payée.